À l’approche de la saison des pluies, une effervescence particulière anime plusieurs concessions de la capitale, N’Djaména. Échaudés par les premières précipitations de l’année, de nombreux résidents de zones inondables s’activent pour sécuriser leurs habitations. Matériaux de remblai, argile et sable sont mobilisés à la hâte pour surélever les cours et les devantures, devenant ainsi les premiers remparts contre la montée des eaux.
Ce constat est particulièrement visible à N’Djari Kwass, un secteur du 8e arrondissement communément appelé « Tchadara Talata ». Dans ce quartier, le ballet des camions-bennes est devenu incessant, répondant à la demande pressante des chefs de famille. « Nous habitons une zone d’urbanisation récente. Il est indispensable de damer sa concession ou devanture pour espérer atténuer l’impact des pluies torrentielles », explique Mahamat, un riverain. La configuration géologique de N’Djaména, et spécifiquement celle de N’Djari Kwass, accentue la vulnérabilité des habitations en raison d’un sol majoritairement argileux, propice à la stagnation des eaux.
Un autre habitant, sous couvert d’anonymat, partage une expérience douloureuse qui l’a poussé à agir : « L’année dernière, la chambre de mes enfants a été totalement inondée parce qu’elle se situait en contrebas par rapport au reste de la concession. Cette fois, j’ai investi dans plusieurs chargements de remblai pour niveler l’ensemble de la cour et faciliter l’écoulement des eaux vers l’extérieur. »
Sur le terrain, la gestion préventive de la municipalité suscite des critiques. Un chef de carré, qui a requis l’anonymat, regrette que les interventions communales se limitent aux axes principaux, délaissant l’intérieur des quartiers où les voies deviennent impraticables chaque année. Selon lui, aucun repérage ni action concrète n’ont encore été menés par les autorités locales à ce jour, laissant le comité de quartier gérer les urgences et l’aménagement des voies essentielles avec les moyens du bord.
Cette urgence saisonnière s’accompagne d’une hausse brutale des coûts des matériaux. Le prix d’un chargement de benne de remblai, moyennement fixé autour de 35 000 FCFA, varie désormais entre 50 000 et 55 000 FCFA.
Interrogés sur cette augmentation, les transporteurs avancent des arguments divers, allant de la hausse du prix du gasoil à l’éloignement des sites d’extraction. Toutefois, pour les acheteurs, l’explosion de la demande à l’approche des grandes pluies demeure la cause principale de cette spéculation. Malgré cette inflation, la solidarité ou le sens des responsabilités priment pour certains. « Bien que les tarifs augmentent à l’approche des grosses vagues de pluie, j’ai fait l’effort d’acheter deux chargements de remblai pour protéger mes locataires », confie Hadjé, propriétaire d’une cour commune.
Si la préparation face aux intempéries relève aujourd’hui d’un effort individuel et collectif des citoyens, l’attente vis-à-vis des municipalités reste forte. Pour les habitants, une véritable politique de prévention est urgente, passant par le reprofilage des rues intérieures, le curage et le traçage de canaux d’évacuation secondaires, ainsi qu’un encadrement des tarifs des matériaux de construction en période de crise.


