Au cours d’un point de presse tenu après la condamnation de l’ex-ministre de l’Action sociale, de la Solidarité et des Affaires humanitaires, Madame FATIMÉ BOUKAR KOSSEI, et de l’ancien Directeur général de la Solidarité nationale, Monsieur KAOUDE ISRAËL, leurs conseils ont vivement contesté la décision rendue le 14 mai 2026 dans l’affaire dite de « détournement de vivres ».
Les deux anciens responsables ont été condamnés à dix ans de prison ferme pour détournement de biens publics et sommés de rembourser plus de onze milliards de francs CFA. Une décision que leurs avocats jugent infondée aussi bien sur le plan juridique que factuel.
Face à la presse, les conseils des condamnés ont affirmé que leurs clients avaient agi dans le cadre d’une crise humanitaire aiguë et sur instruction directe des plus hautes autorités de l’État. Selon eux, aucun élément matériel ne permet d’établir l’existence d’un détournement ni d’un enrichissement personnel.
« Aucun stock clandestin n’a été découvert, aucun compte bancaire suspect n’a été identifié, aucun enrichissement personnel n’a été démontré », ont-ils déclaré.
Les avocats rappellent que l’article 195 du Code pénal tchadien exige, pour caractériser le détournement de biens publics, la preuve d’un acte concret de détournement ainsi que l’intention délibérée de s’approprier les biens concernés.
Or, selon la défense, les documents présentés comme preuves par l’accusation ne seraient que des décharges attestant du retrait légal des vivres auprès de l’ONASA en vue de leur distribution aux populations sinistrées.
Les missions de vérification menées notamment dans les provinces du Hadjer-Lamis, du Chari-Baguirmi ainsi qu’à N’Djamena auraient d’ailleurs constaté que les vivres avaient effectivement été distribués aux bénéficiaires.
Les conseils ont particulièrement évoqué le cas de Massaguet, où les vivres auraient été remis aux populations par les autorités locales elles-mêmes. Ils estiment qu’il est juridiquement inacceptable d’imputer à leurs clients des faits qui relèveraient de la phase finale de distribution, échappant selon eux à leur contrôle direct.
Les avocats ont également critiqué le communiqué publié le 15 mai 2026 par l’Autorité Indépendante de Lutte contre la Corruption (AILC), estimant que cette institution aurait outrepassé ses prérogatives.
« L’AILC n’est pas un tribunal », ont-ils martelé, dénonçant des menaces et des intimidations contre toute personne contestant les conclusions de l’enquête.
La défense évoque également une « justice à géométrie variable », s’interrogeant sur ce qu’elle qualifie d’acharnement contre Madame FATIMÉ BOUKAR KOSSEI et Monsieur KAOUDE ISRAËL, alors que d’autres dossiers impliquant des aveux explicites seraient traités dans une plus grande discrétion.
Malgré la condamnation, les avocats assurent poursuivre toutes les voies de recours prévues par la loi, notamment le pourvoi en cassation devant la Cour suprême.
Ils indiquent par ailleurs que leurs clients souffrent de graves problèmes de santé, dont les preuves médicales auraient été versées au dossier judiciaire.
« En droit, le dernier mot n’appartient jamais à l’injustice », ont conclu les conseils des deux condamnés, qui disent garder espoir en une révision de la décision judiciaire.


