À N’Djamena, la recherche de formes généreuses s’impose comme une tendance visible dans plusieurs quartiers de la capitale. Derrière les appellations populaires comme « BOBARABA », « 7 Days Hips Magic » ou les produits dits « pousse-seins », se développe un commerce informel alimenté par des vendeurs ambulants et sédentaires, communément surnommés « Dr Tchoukou ». Entre promesses de transformation rapide et conséquences sanitaires, cette pratique soulève de nombreuses interrogations.
Dans les marchés, les ruelles et certains lieux fréquentés par la jeunesse féminine, divers produits destinés à augmenter le volume des fesses, des hanches ou des seins circulent librement. L’offre se décline sous plusieurs formes, notamment des pommades, des huiles, des comprimés, des sirops, des suppositoires ou des injections. Les tarifs varient selon l’efficacité attribuée au produit et le profil du vendeur. Certains articles sont accessibles à partir de 750 ou 1 000 FCFA auprès des marchands ambulants. D’autres formules, réputées plus performantes, coûtent entre 4 000 et 7 000 FCFA pour une cure de quelques jours à une semaine.
Parmi les substances les plus demandées figure la pommade « 7 Days Hips Magic », recherchée pour ses effets supposés en moins d’une semaine. Des vendeurs évoquent régulièrement des périodes de pénurie provoquées par la forte demande.
Cette pratique s’inscrit dans une dynamique sociale où l’idéal esthétique valorise les silhouettes généreuses. Pour certaines utilisatrices, l’obtention de hanches larges ou de fesses volumineuses répond au désir d’attirer l’attention ou de renforcer l’estime de soi. Les témoignages recueillis indiquent que cette tendance est fortement alimentée par les réseaux sociaux, l’environnement urbain et les modèles de beauté populaires.
Cependant, cette quête esthétique suscite des réserves au sein de la population. Des citoyens interrogés dénoncent un phénomène d’imitation qui s’opère au détriment de la santé.
Le point central des inquiétudes réside dans l’absence de contrôle médical. Selon les informations collectées, des vendeurs prescrivent des protocoles d’application stricts et parfois dangereux, en promettant des résultats immédiats. Des utilisatrices rapportent des complications consécutives à l’usage de ces substances, telles que des odeurs nauséabondes, des écoulements anormaux, ainsi que des douleurs et des déformations physiques apparentes. De plus, les produits de stimulation mammaire provoqueraient des sécrétions blanchâtres au niveau de la poitrine. Dans les quartiers, des récits font état d’applications ratées ayant entraîné des altérations corporelles visibles, devenant parfois des sources de tensions familiales ou conjugales.
Les professionnels de la santé mettent en garde contre l’utilisation de ces substances dont la composition exacte demeure inconnue. Les spécialistes soulignent que ces composants peuvent engendrer des pathologies lourdes comme les troubles rénaux et digestifs, l’hypertension artérielle, les palpitations cardiaques, le diabète, l’obésité, les douleurs articulaires ou encore les infections cutanées et les dérèglements hormonaux. Le niveau de risque augmente lorsque les substances sont injectées sans encadrement professionnel et dans des conditions d’hygiène précaires.
Face à la banalisation de ces pratiques, le personnel soignant appelle à une prise de conscience collective. Les praticiens insistent sur la nécessité d’imposer une surveillance rigoureuse sur les produits cosmétiques vendus dans les circuits informels.
Au-delà de la démarche esthétique, le phénomène met en lumière la pression du regard social sur le corps féminin en milieu urbain. Si certaines femmes revendiquent le droit de disposer de leur corps, d’autres voix s’élèvent pour dénoncer un marché qui exploite les complexes physiques. Dans un contexte économique où le secteur informel reste prédominant, ces produits de transformation continuent de trouver preneurs. Pour plusieurs observateurs, l’organisation de campagnes de sensibilisation à grande échelle demeure indispensable pour informer les populations des dangers liés à ces substances non contrôlées.


