Au Tchad, malgré des avancées législatives et une volonté affichée de promouvoir l’égalité des genres, la réalité quotidienne des femmes reste marquée par d’importants obstacles sociaux, économiques et culturels. Violences, mariages précoces et marginalisation économique dessinent un tableau encore préoccupant.
Les violences basées sur le genre (VBG) demeurent un fléau majeur. Selon les données du ministère de la Femme, plus de 8 600 cas ont été recensés en 2023, englobant viols, agressions physiques et violences psychologiques. La tendance ne semble pas faiblir en 2024 : les organisations de la société civile rapportent déjà des centaines de nouveaux dossiers, incluant des féminicides. Derrière ces chiffres se cache une réalité plus sombre encore, où la peur des représailles et le poids des traditions poussent de nombreuses victimes au silence.
Le Tchad figure parmi les pays où le mariage des enfants est le plus fréquent au monde. On estime que 24 % des jeunes femmes sont mariées avant l’âge de 15 ans. Ces unions forcées brisent les trajectoires scolaires et exposent les jeunes filles à des risques sanitaires graves lors de grossesses précoces.
Parallèlement, les mutilations génitales féminines touchent encore près de 38 % des femmes de 15 à 49 ans, constituant une violation flagrante de leur intégrité physique.
Le déficit de scolarisation des filles reste un frein majeur au leadership féminin. Environ 57 % des filles de 6 à 15 ans ne fréquentent pas l’école, et le taux de scolarisation au secondaire plafonne à 18 %, loin derrière celui des garçons. Ce manque d’instruction limite drastiquement l’accès des femmes à des emplois qualifiés et aux sphères de décision.
Dans le secteur agricole, les femmes représentent environ 85 % de la main-d’œuvre. Pourtant, elles demeurent les parentes pauvres de l’économie. L’accès à la propriété foncière, au crédit bancaire et aux formations techniques leur est souvent refusé. Cette précarité structurelle les maintient dans un état de dépendance économique, malgré leur rôle dans la sécurité alimentaire du pays.
Face à ces défis, la société civile et les institutions multiplient les campagnes de sensibilisation. Cependant, les observateurs s’accordent à dire qu’un changement durable ne pourra s’opérer sans une application stricte des lois et une implication réelle des leaders communautaires. L’autonomisation des femmes tchadiennes n’est pas seulement une question de justice sociale, c’est une condition sine qua non du développement national.

