L’amphithéâtre IDI de l’École nationale d’administration (ENA) a servi de cadre, ce vendredi 16 octobre 2026, à une nouvelle édition des « Grands Rendez-vous de l’ENA ». Axée sur le thème « La gouvernance vue autrement : quelles leçons tirer de la Suisse ? », la rencontre a été animée par le Dr Peter Bieler, chef du bureau de la Coopération suisse au Tchad, sous la modération du Dr Ali Rahamane Haggar. Devant un parterre d’étudiants, d’enseignants et de cadres de l’administration, les échanges ont permis d’examiner les fondements et les spécificités du modèle institutionnel helvétique.
Au cours de sa presentation, le conférencier a rappelé que la Suisse s’est façonnée au fil des siècles par l’union progressive d’entités souveraines désireuses d’associer leurs forces. Aujourd’hui, l’État repose sur trois échelons d’administration, à savoir la Confédération, les cantons et les communes. Au sommet de l’édifice, le Conseil fédéral, composé de sept membres, fonctionne selon un principe de présidence tournante annuelle.
Ce mécanisme assure une stabilité remarquable des grandes orientations politiques et une continuité de l’action publique, indépendamment des alternances individuelles.
Le Dr Peter Bieler a structuré son exposé autour de trois axes fondamentaux. Premier élément, le fédéralisme et la subsidiarité favorisent une répartition des compétences qui privilégie systématiquement la prise de décision au niveau le plus proche des citoyens. Ce principe s’appuie sur plus de 2 000 communes pour stimuler le développement local et la réalisation des infrastructures. Deuxième pilier, la démocratie directe repose sur des mécanismes de participation active, notamment à travers les référendums et les initiatives populaires. Ces instruments permettent à la population d’intervenir directement dans les choix publics de ce pays multilingue aux quatre langues officielles. Troisième volet, la culture du consensus incarne une tradition de concertation permanente entre les acteurs institutionnels, garantissant ainsi l’équilibre politique et la cohésion sociale.
Bien que le Tchad s’étende sur un territoire environ trente fois plus vaste que la Suisse, les deux nations partagent des défis essentiels liés à la gestion territoriale, à la décentralisation et au développement local. Les discussions ont ainsi mis en lumière l’importance de la transparence, de la responsabilité institutionnelle et de la confiance citoyenne pour consolider l’efficacité des services publics.
Le conférencier a toutefois souligné qu’il ne s’agit pas de transposer brutalement un modèle étranger, mais d’en extraire des principes directeurs susceptibles d’alimenter la réflexion locale. L’enjeu pour le Tchad réside dans l’adaptation de ces enseignements à ses propres réalités historiques, géographiques et socio-culturelles, afin de renforcer le rôle des collectivités territoriales et de mieux répondre aux attentes des populations.
À travers l’organisation de ces « Grands Rendez-vous », l’École nationale d’administration réaffirme son rôle de plateforme d’échange et de réflexion critique, contribuant à la valorisation des savoirs pour la modernisation de la gouvernance et de l’administration publique au Tchad.


