La consommation de substances psychoactives dans le milieu artistique tchadien demeure un sujet complexe, oscillant entre quête d’inspiration et impératifs de santé publique. Si certains créateurs y voient un catalyseur de performance ou un remède au trac, d’autres, appuyés par les professionnels de santé, alertent sur des conséquences souvent lourdes et irréversibles.
Pour une partie des artistes locaux, le recours à ces substances répond d’abord à un besoin de gestion du stress. Sous le couvert de l’anonymat, plusieurs d’entre eux confient à Tribune Échos que ces produits procurent un sentiment immédiat de confiance avant de monter sur scène. « Cela soulage, donne de la force et libère des idées pour mieux satisfaire le public », avance l’un d’eux. Pour d’autres, l’usage occasionnel s’est transformé en habitude : « De nature timide, je me sens plus fort après avoir consommé. Aujourd’hui, sans cela, je me sens perdu sur scène. »
Face à cette tendance, des figures plus expérimentées de la scène culturelle tentent de sensibiliser la jeune génération. Ils dénoncent un effet de mimétisme, les débutants associant parfois indûment la consommation de drogue au statut d’artiste accompli. Ces aînés rappellent les effets immédiats de cette pratique, tels que les vertiges ou la perte d’appétit, mais surtout le piège de la dépendance progressive.
Interrogé sur ce phénomène, Dr Ali Mahamat Saleh Chérif invite à dissocier la sensation de créativité de la performance artistique réelle. Selon ce praticien, l’effet d’euphorie ou de désinhibition induit par les psychotropes crée une illusion d’efficacité. Toutefois, les données cliniques indiquent que ces substances altèrent à terme les fonctions cognitives essentielles, notamment la mémoire, la concentration et la structuration de la pensée.
Les risques à long terme s’avèrent particulièrement documentés : l’addiction s’accompagne fréquemment de troubles anxio-dépressifs et d’une baisse des capacités intellectuelles, menant parfois à des interruptions de carrière précoces. Pour le corps médical, la durabilité du talent repose avant tout sur la discipline de travail et la préservation de la santé neurologique.
Bien que le sujet suscite encore des débats au sein des espaces de création, l’analyse des témoignages et des avis médicaux s’accorde sur un point : si les substances psychoactives offrent un exutoire temporaire face aux pressions de la scène, elles ne sauraient se substituer au travail de création, le capital le plus précieux de l’artiste restant sa propre intégrité physique et mentale.


