À N’Djaména, l’application rigoureuse du nouveau Code de la route transforme le paysage urbain, marquée par l’obligation du port du casque pour les conducteurs de motos-taxis. Cette mesure, réactivée par une circulaire municipale accordant un délai de 60 jours aux transporteurs urbains pour se mettre en règle, ambitionne de freiner la mortalité routière. Toutefois, si l’initiative institutionnelle privilégie la sécurité publique, son exécution cristallise les tensions entre les impératifs de protection civile et les réalités socio-économiques précaires des prestataires de transport.
L’application stricte de cette mesure répond à une nécessité de santé publique. Les services d’urgence des hôpitaux de la capitale reçoivent quotidiennement des victimes d’accidents de la circulation, dont une grande partie souffre de traumatismes crâniens graves.
En rappelant les obligations liées au nouveau Code de la route, les autorités municipales entendent réduire la mortalité routière. Le casque n’est plus une option, mais un équipement de protection individuelle indispensable. Pour les forces de l’ordre, l’objectif est d’instaurer une culture de la sécurité dans une ville où la moto reste le principal moyen de transport.
Toutefois, la mise en œuvre de cette règle se heurte à des réalités de terrain contrastées. Depuis l’annonce de la mesure, le prix des casques a connu une hausse brutale sur les marchés locaux. Pour de nombreux conducteurs de moto-taxi, communément appelés clandos, dont les revenus journaliers sont modestes, cet achat représente un investissement lourd qui pèse sur le budget familial.
À cette difficulté financière s’ajoute la contrainte climatique. Sous la chaleur intense de N’Djaména, le port du casque est souvent perçu comme inconfortable, provoquant une sudation importante et une sensation d’étouffement. Certains usagers soulignent également une réduction du champ auditif ou visuel, bien que les modèles homologués soient conçus pour minimiser ces risques et garantir une protection optimale.
La réussite de cette transition vers plus de sécurité ne peut reposer sur les seules épaules des usagers. Elle appelle à une prise de conscience collective et à une forme de solidarité sociale.
Les commerçants sont appelés à la modération car la sécurité des citoyens ne devrait pas devenir un levier de spéculation. Pratiquer des prix justes est un acte de civisme qui facilite l’adoption de la règle par le plus grand nombre. De leur côté, les autorités gagneraient à renforcer la pédagogie. Au-delà de la répression, des mécanismes facilitant l’accès à des équipements de qualité à moindre coût pourraient encourager l’adhésion volontaire des conducteurs.
Enfin, pour les conducteurs de moto-taxi et les particuliers, porter son casque est d’abord un geste pour soi-même. Le casque peut paraître gênant ou onéreux aujourd’hui, mais il reste infiniment moins coûteux qu’une vie humaine ou de longs mois d’hospitalisation. C’est un engagement commun où chaque acteur a un rôle à jouer pour que la route soit un espace de circulation sûr pour tous.


