La prostitution des mineures devient une inquiétante réalité dans les camps de réfugiés de la province du Moyen-Chari, au Sud du Tchad. Des filles réfugiées ou retournées dans le pays, âgées entre 13 à 17 ans, s’adonnent à cette pratique question de survie. Généralement orphelines, elles pointent du doigt la précarité.
Vendredi 31 octobre 2025, le soleil est sur le point de se coucher au camp de Sido, à 120 km de Sarh, chef-lieu de la province du Moyen-Chari. Derrière un poste de police, à quelques mètres d’une voie argileuse, on aperçoit un cabaret, ou des jeunes filles mineures surgissent de toutes parts, donnant instantanément vie à cette communauté. À 18h30, des jeunes hommes, majoritairement travailleurs journaliers, engagent des conversations avec elles. Ces échanges tournent autour des prix des services sexuels, qui seront bientôt rendus sous le couvert de l’obscurité.
Cela est devenu le quotidien et la prostitution enfantine s’est ‘’normalisée’’ dans ce camp. Et pour cause, la faim et la grave insécurité alimentaire. « C’est une question de survie », confie L.Z., 14 ans, orpheline de père, réfugiée dans le camp de Sido. Elle a fui son pays, la Centrafrique avec sa mère malade. « J’ai arrêté l’école. Je dois aider ma mère et la seule façon pour moi de l’aider, est de vendre des services sexuels », témoigne-t-elle larmoyante.
Elle rajoute que, ce sont ses amies qui l’ont initiée à cette activité. « Mes amies m’ont convaincu que c’est facile de gagner de l’argent dans la prostitution. En dehors de Sido, on va aussi dans d’autres campscomme Bélom et Maingama pour gagner plus d’argent les week-ends. »
Cette année, dans les camps de réfugiés, des centaines de mineures sont confrontées à la situation difficile de L.Z., surtout après l’urgence alimentaire qui a secoué le pays en 2024. Selon la Commission Nationale d’Accueil, de Réinsertion des Réfugiés et des Rapatriés (CNAAR) locale, les conditions de vie sont dégradantes en plus de l’insécurité, le chômage et l’absence de protection dans les camps.
Un taux élevé des IST enregistrés

A Sido, la responsable du centre de santé de réfugiés rapporte plus de 180 cas d’infections sexuellement transmissibles (IST) chez les mineures en 2025. A Maingama, Anne N., infirmière et conseillère VBG précise : « les filles de 13 à 19 ans viennent pour les soins, mais beaucoup refusent le dépistage du VIH. Au cas où elles sont testées positives, elles ne reviennent plus pour la prise en charge. On les traite gratuitement mais le taux des IST est toujours élevé. Tous les camps sont devenus le foyer des IST. »
La précarité, la déscolarisation, l’ignorance des risques et la consommation de drogues et substances dans les camps, sont des facteurs de risques de contamination et de propagation. Certaines filles affirment que certains clients percent les préservatifs pour avoir des rapports non protégés. « Ils pensent en avoir plus pour leur argent », témoigne une infirmière.
Bien que la loi n°1885 règlemente les structures de protection d’enfants, son application reste limitée et ceux qui les enfreignent, échappent souvent à la justice. Il urge que le gouvernement et ses partenaires s’assurent de la mise en œuvre des programmes de réinsertion et de sensibilisation pour inculquer un changement de comportement et de réduire la vulnérabilité des filles qui peut les pousser à travailler dans le secteur de sexe.


