« Comment transformer la gestion de l’eau en un véritable levier de croissance pour l’Afrique ? », c’est la question complexe qui a réuni un panel exceptionnel de décideurs à l’hôtel Radisson Blu de N’Djamena, dans le cadre de l’initiative « Water Forward ». Loin des discours théoriques, cette rencontre a misé sur le pragmatisme en bousculant les habitudes : pour la première fois, les ministères techniques ont partagé la table des ministères financiers pour concevoir les fameux « Pactes sur l’eau ». Pour guider ces échanges particulièrement denses, deux figures majeures du secteur ont joué le rôle de facilitateurs : Saroj Kumar Jha, qui dirige le département Eau du Groupe de la Banque mondiale, et Ahmadou Bakayoko, le PDG d’Eranove et président de Smart Energy. Ensemble, ils ont poussé les intervenants à explorer des pistes concrètes pour attirer le secteur privé, jugé indispensable pour combler le déficit d’infrastructures sur le continent.
L’entrée en matière a tout de suite posé les bases financières du problème. Alain Ndikumana, le ministre burundais des Finances, du Budget et de l’Économie Numérique, aux côtés d’Alousseni Sanou, ministre d’État, ministre de l’Économie et des Finances du Mali, ont apporté le regard des grands argentiers. Leur message est clair : l’eau doit être intégrée au cœur des budgets nationaux. Pour rassurer et séduire les investisseurs privés, les deux ministres ont insisté sur la mise en place de cadres réglementaires stables et transparents.
La réponse technique et opérationnelle ne s’est pas fait attendre.
Gaston Eloundou, ministre de l’Eau et de l’Énergie du Cameroun, et Aimé Sakombi Molendo, ministre des Ressources Hydrauliques et de l’Électricité de la République démocratique du Congo, ont exposé les défis quotidiens de la distribution d’eau et de l’accès à l’énergie, indispensable pour faire tourner les stations de pompage.
De son côté, la ministre malgache de l’Eau, de l’Assainissement et de l’Hygiène, Minosoa Anjaratiana Elia Razafindrianiaina, a recentré le débat sur l’impact humain en rappelant l’urgence d’améliorer la santé publique grâce à des infrastructures d’assainissement viables.
Enfin, Amadou Dicko, ministre délégué auprès du ministre de l’Agriculture, des Ressources animales et halieutiques du Burkina Faso, a bouclé la boucle en soulignant que sans maîtrise de l’eau, il ne peut y avoir de sécurité alimentaire, l’élevage et les cultures dépendant entièrement de cette ressource.
En parvenant à faire dialoguer ces différentes disciplines, ce panel de N’Djamena dessine une nouvelle méthode de travail. La réussite de l’accès à l’eau en Afrique ne se jouera plus de manière isolée, mais bien à travers cette synergie globale entre ministres des finances, de l’agriculture, de l’énergie et de la santé.


