Face au péril de la soif qui guette le continent africain, la capitale tchadienne est entrée en état de mobilisation générale ce mercredi 15 juillet 2026. Sous l’égide du Président de la République du Tchad, le Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno, s’est ouvert le très attendu Forum africain de l’eau, avec pour mot d’ordre : « De la Vision à l’Action ».
Cette rencontre, co-organisée avec la Banque mondiale, scelle une alliance géo-économique inédite où le poids des décisions politiques des chefs d’État s’allie directement à la force de frappe financière des grands bailleurs de fonds pour préserver les ressources hydriques du continent. Il n’est plus temps de tergiverser, alors que les projections annoncent que l’accès universel à l’eau potable en Afrique de l’Ouest et Centrale ne sera pas réaliste avant 2046 sans réformes drastiques. N’Djamena a réussi le tour de force de réunir douze délégations présidentielles africaines pour porter ensemble la signature imminente de la « Déclaration de N’Djamena », un texte de rupture destiné à accélérer l’action.
Avant l’intervention finale du chef de l’État tchadien, la tribune a vu se succéder des voix majeures du continent et de la finance internationale, chacune apportant sa vision et soulignant l’urgence des réalités de son territoire.
Lors de son allocution, Mme Anna Bjerde, Directrice générale des Opérations de la Banque mondiale, a déclaré : « En choisissant le Tchad comme rampe de lancement africaine de l’initiative mondiale Water Forward, nous rappelons l’engagement de notre institution à transformer les chiffres alarmants en projets bancables. Il est crucial de co-financer et de mettre en œuvre des réformes structurelles pour appuyer les transitions hydriques, illustrées par les nouvelles enveloppes prêtes à être scellées au Tchad, notamment le portefeuille PASER de 160 millions de dollars et le projet Almé Djah de 100 millions de dollars. »
Le président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, a partagé le paradoxe de son pays, qui, malgré l’abondance de ses ressources, cherche encore la clé technique et financière pour garantir l’accès universel à l’eau.
De son côté, le président de la Mauritanie, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, a livré un témoignage poignant sur la réalité des pays en première ligne face à l’avancée implacable du désert sahélien, insistant sur le fait que la maîtrise de l’eau est l’arme numéro un contre l’insécurité et l’exode rural.
Le leader gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema a axé son intervention sur l’interconnexion absolue entre la sauvegarde des forêts africaines, la régulation du climat et la pérennité des sources d’eau douce du continent.
C’est dans cette atmosphère de haute responsabilité que le Président de la République du Tchad a prononcé l’allocution d’ouverture officielle du Forum, articulée autour d’un constat sans fard, d’une feuille de route ambitieuse et d’une annonce historique.
Saluant la présence fraternelle des chefs d’État et le management de la Banque mondiale, le Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno a d’emblée rappelé la dure réalité des chiffres issus des documents de cadrage : « Plus de 400 millions de nos compatriotes africains n’ont toujours pas accès à une eau potable. Nos capacités de stockage s’amoindrissent dangereusement, l’irrigation reste à des niveaux dramatiquement insuffisants, et les bouleversements climatiques menacent de réduire le produit intérieur brut de certaines de nos régions de près de 12 % d’ici 2050. »
Prenant l’exemple national du Lac Tchad, qui a perdu la plus grande partie de sa superficie en soixante ans alors qu’il faisait vivre 30 millions d’âmes, il a résumé l’enjeu en une formule implacable : « Lorsque l’eau se retire ou manque, la pauvreté avance à grands pas. Lorsque l’eau abonde, l’hygiène s’améliore et le développement s’amorce. En bref, l’eau, c’est la vie. »
Le Chef de l’État a rappelé que le plan national de développement « Tchad Connexion 2030 » place l’eau comme une priorité absolue. À ce titre, le Pacte pour l’eau du Tchad, signé au cours des travaux, évalue les besoins en financement à 3,8 milliards de dollars pour les cinq années à venir, dont 20 % seront pris en charge par l’État tchadien, soit environ 75 milliards de FCFA. Ces fonds cibleront des infrastructures durables : aménagement de polders, canaux agricoles, retenues d’eau, mares et stations pastorales pour dompter le paradoxe tchadien, un pays souvent asphyxié par les sécheresses ou submergé par les inondations.
Il a également lancé un appel solennel aux partenaires internationaux et à l’initiative Water Forward : « Accélérez la mobilisation des financements annoncés. Les Africains ont trop attendu. Ils ne veulent plus attendre et c’est légitime. »


