Dans le canton Boumou, localité situé à 8 Kilomètres de la sous-préfecture de Bébalem, province du Logone Occidental au sud du Tchad, des centaines d’enfants grandissent sans extrait d’acte de naissance. Face à cet obstacle qui les rendent inexistants au regard de la loi et des autorités, ces enfants se heurtent quotidiennement à l’impossibilité d’accéder à l’école, aux soins de santé et à une vie de citoyen normal. Reportage au cœur d’un village des oubliés du droit à l’identité.
Ce jeudi 09 octobre 2025, il est 07 heures 48 minutes dans le village Boumou. A.N, 7 ans, suit sa mère quotidiennement au champ ou encore dans les marchés hebdomadaires. Elle n’a jamais mis les pieds à l’école parce qu’elle est manqué d’acte de naissance. « Mon souhait, c’est d’aller à l’école comme les enfants de mon âge mais on m’a fait savoir qu’il faut absolument un papier pour mon inscription, mais je ne l’ai pas », a-t-elle soufflé la mine crispée.
Comme elle, des centaines d’enfants du village sont privés d’une identité légale, qui est un droit, conformément à l’article 7 de la Convention relative aux droits de l’enfant.
Pour certains, l’absence d’enregistrement de naissances dans certaines localités du Logone Occidental, inquiète et ne sont pas sans conséquence. « J’avais obtenu mon extrait de naissance à 11 ans mais aujourd’hui, à mes 16 ans, j’en ai fait bon usage. J’essaie de sensibiliser les parents sur l’importance de ce document de naissance. Quant aux autres enfants de mon âge, je les oriente à s’en procurer par tous les moyens afin de ne pas subir les conséquences qui sont souvent liés à leur accès à l’éducation, à la santé, à la protection et à la citoyenneté », a témoigné, J.C.
Les responsabilités partagées
Selon les données de la délégation du ministère de la Justice du Logone Occidental, seuls 7 % des enfants nés dans les zones rurales disposent d’un acte de naissance. Parmi les causes indexées, il y a l’éloignement des centres d’état civil, le manque d’information, la pauvreté et parfois les coûts liés à la procédure de délivrance. Face à cette injustice souvent invisible qui met en danger toute une vie, les responsabilités sont partagées entre les autorités et les parents d’enfants.
De l’avis de Guelndji Bandoum, père de famille, un enfant sans acte de naissance est plus que vulnérable et c’est inquiétant pour son avenir. « Etre un enfant sans papier, c’est, ne pas vivre, ne pas aller à l’école, ne pas se faire soigner ou encore vivre comme un fantôme. L’acte de naissance est gratuit pour les nouveaux nés donc les parents doivent se sacrifier pour donner vie à leurs enfants afin d’éviter le pire », a-t-il alerté.
Les autorités départementales ont pour leur part rassuré qu’elles rendront fonctionnelle les services d’états civils mobiles dans tous les cantons, afin de donner un souffle d’espoir aux enfants. « Nous manquons de matériels, de registres, de formulaires, de moyen financier et parfois d’énergie pour bien faire notre travail, qui est d’établir les actes de naissance aux enfants question de leur permettre de vivre leur rêve, mais la volonté y est », a confié un cadre communal sous couvert de l’anonymat.Il poursuit que compte tenu de l’importance de ce document de naissance, le nécessaire sera fait pour le bien-être des enfants. « Désormais, nous allons redoubler d’effort et faire ce qui est dans la mesure du possible pour qu’à chaque naissance, l’acte de naissance soit établi dans un bref délai pour garantir un accès aux droits fondamentaux à chaque enfant », a-t-ilconclu.
Malgré la gratuité de la délivrance des actes de naissance aux nouveaux nés, la réalité diffère sur le terrain et surtout dans les zones reculées. Face à l’ampleur de la situation, le gouvernement, les collectivités et les partenaires doivent urgemment renforcer le système d’état civil, former les agents locaux et sensibiliser les parents, afin de permettre aux générations de grandir dans la lumière de leurs droits les plus élémentaires.


