La classe politique congolaise est en ébullition après le réquisitoire du ministère public réclamant la peine de mort contre l’ancien président Joseph Kabila, jugé par contumace par la haute cour militaire pour trahison, complot et participation à un mouvement insurrectionnel. L’opposition, toutes tendances confondues, dénonce un procès « politique » destiné à réduire au silence les voix critiques du pouvoir.
Le parti Leadership et Gouvernance pour le Développement (LGD) de l’ex-Premier ministre Matata Ponyo, aujourd’hui en exil, a qualifié l’audience de « comédie judiciaire », estimant qu’elle inaugure une campagne d’acharnement visant Kabila et son entourage. Même son de cloche du côté du cadre de concertation des forces politiques et sociales, qui dénonce une « instrumentalisation éhontée de la justice » et un coup porté contre le vivre-ensemble.
Prince Epenge, porte-parole de Lamuka, a fustigé un procès « vidé de sa substance par le sensationnalisme », tandis que des proches de Kabila, comme Néhémie Mwilanya et José Makila, y voient respectivement un « crime d’État » et une menace directe contre l’État de droit. L’opposition dans son ensemble demande à la haute cour militaire de rejeter un réquisitoire jugé « incendiaire » au regard des efforts de paix en cours, et plaide pour un dialogue inclusif sous médiation de la CENCO-ECC.
L’audience a été marquée par des plaidoiries controversées des avocats de la République, qui ont contesté la nationalité congolaise de Kabila, le qualifiant de Rwandais et réclamant qu’il soit jugé pour espionnage. Ils ont également exigé plus de 30 milliards USD de dommages et intérêts, l’accusant de collusion avec l’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23) dans les massacres à l’Est.
Après lecture du réquisitoire par l’Auditeur général des FARDC, le Lieutenant-Général Likulia Bakumi Lucien-René, la haute cour a suspendu l’audience, laissant planer une forte incertitude politique et judiciaire. L’affaire, explosive, pourrait bien marquer un tournant majeur dans la relation entre justice et politique en RDC.
Yenga Fazili wâ BIREGEYA, Correspondant en Afrique de l’Est et Centrale


