Un récent rapport du groupe d’experts des Nations Unies met en lumière l’implication croissante de l’armée ougandaise dans la crise sécuritaire à l’est de la République démocratique du Congo. Alors que l’AFC/M23, appuyée par les Forces de défense rwandaises (RDF), intensifie son offensive vers Goma et prévoit de nouvelles avancées vers Lubero, les Forces de défense du peuple ougandais (UPDF) ont renforcé leur présence au Nord-Kivu, établissant un dispositif stratégique au sud du territoire.
Selon le rapport couvrant la période de janvier à avril 2025, Kampala justifie cette « position défensive avancée » par la nécessité de protéger ses intérêts sécuritaires et économiques, en particulier contre les rebelles ADF et pour sécuriser les travaux de la route Kasindi-Beni-Butembo. En février, plus de 1 000 soldats ougandais ont été déployés au sud de Lubero. D’autres ont été envoyés à Bunia et dans les territoires de Mahagi et Djugu en Ituri, portant à plus de 6 000 le nombre total de militaires ougandais sur le sol congolais depuis 2024.
Or, Kinshasa n’avait été informée officiellement que de 2 000 soldats opérant dans le cadre de l’opération conjointe “Shujaa”. Le gouvernement congolais accuse désormais l’UPDF de manœuvres unilatérales hors du cadre convenu avec les FARDC.
Le rapport onusien souligne que cette présence militaire ougandaise offre un avantage stratégique à l’AFC/M23, qui peut concentrer ses forces vers l’ouest, notamment en direction de Walikale, en étant rassurée de ne pas être attaquée par le nord. La proximité géographique entre les UPDF et les forces M23-RDF suscite des doutes sur la neutralité de l’Ouganda, d’autant que des soutiens indirects ont été documentés.
Face à la polémique, un mémorandum d’entente révisé a été signé le 20 juin à Kinshasa entre les chefs d’état-major des armées congolaise et ougandaise. Ce nouvel accord prévoit une intensification des opérations conjointes contre les ADF, notamment à Mambasa, ainsi qu’un élargissement aux groupes armés actifs dans les territoires de Djugu, Irumu, Mahagi et Aru.
En toile de fond, l’Ouganda apparaît désormais comme un acteur incontournable du conflit en cours à l’est de la RDC, un rôle qui interroge sur ses véritables intentions dans une région déjà minée par les rivalités géopolitiques.
Yenga Fazili wâ BIREGEYA, Correspondant en Afrique de l’Est et Centrale


