À peine un mois après le début des grandes vacances, les rues de N’Djamena, la capitale tchadienne, vibrent d’une activité singulière. Une présence discrète mais déterminée s’est installée dans les artères de la ville : celle des élèves vacanciers qui ont investi le commerce informel. Des dizaines, voire des centaines de jeunes gens sillonnent les arrondissements, un objectif commun en tête, amasser les fonds nécessaires pour une rentrée scolaire sereine.
Dans leurs mains ou sur leurs épaules, des sacs débordent de produits variés. Pour certains, ce sont des accessoires de téléphonie, des coques, des protections d’écran pour Android ou des rouleaux de scotch. D’autres proposent des articles du quotidien comme des paquets de cigarettes, des boîtes de papier hygiénique, des citrons, ou des parapluies et des imperméables, un choix stratégique pour anticiper les aléas météorologiques.
Sur leurs jeunes visages, le courage et la détermination sont palpables. « Je veux acheter mes cahiers et mes stylos sans avoir à attendre que mon père me les achète », déclare avec assurance Serge, 14 ans. Il propose paquets de cigarettes et colas à la sortie du vibrant marché de Dembé.
Qu’il pleuve à verse ou que le soleil tape sur le bitume, ces jeunes ne faiblissent pas. Ils affrontent les éléments avec une résilience remarquable, installant leurs modestes étals sous l’ombre d’un arbre, à un coin de rue, ou parcourant la journée entière, produits à la main, dans l’espoir d’attirer un client potentiel.
« Quand il pleut, je sors mes imperméables et mes parapluies. Quand il fait chaud, je vends plus d’eau en bouteille et de boissons fraîches. Il faut savoir s’adapter », explique Zara, 17 ans. On l’a croisée au rond-point à double voie, un sac chargé d’objets à vendre sur l’épaule.
Ces vacanciers entrepreneurs, dont certains sont très jeunes, débutent leur journée avant même le lever du soleil pour s’assurer une place stratégique sur un marché ou aux abords des feux tricolores. Avec une gaieté et une fierté palpables, ils se concentrent, sourient, proposent leurs marchandises aux passants, démontrant un sens inné du marketing pour convaincre leurs acheteurs.
Certains travaillent seuls, d’autres sont épaulés par un frère ou une sœur, mais tous partagent le même rêve : retourner à l’école en octobre avec un cartable complet, un sac à dos de qualité, une bicyclette, ou tout autre article répondant à leurs besoins spécifiques. « Ce que je gagne par jour me permet de mettre un peu de côté. Même si c’est peu, c’est le fruit de mon travail. Je suis fier », confie Ibrahim, 15 ans, en réajustant sa caisse posée sur une vieille poussette.
Loin des clichés sur la délinquance juvénile, ces jeunes marchands incarnent un sens des responsabilités admirable. Leur présence dans les rues n’est pas un choix par défaut, mais une réponse pragmatique à la nécessité. Ils ne quémandent pas ; ils vendent, négocient, calculent, économisent. Leur unique ambition : rentrer à l’école en octobre, prêts à apprendre, et la tête haute.
« Ce n’est pas facile, mais quand j’achèterai mon uniforme moi-même, je serai tellement contente », glisse Halimé, 16 ans, qui vend des sachets d’eau fraîche, l’espoir illuminant son visage.
À N’Djamena, ces jeunes « apprentis commerçants » sont la preuve vivante que la volonté peut transformer la rue en un tremplin vers l’éducation.


