À N’Djamena, la hausse spectaculaire du prix du café pèse lourdement sur le panier de la ménagère. Sur les marchés de la capitale, le « coro », mesure locale de référence, atteint désormais 10 000 F CFA pour les grains de bonne qualité. Pour le café importé, décliné en plusieurs catégories, les prix varient entre 7 000 et 7 500 F CFA. Une envolée tarifaire que les acteurs du secteur attribuent principalement aux perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales consécutives au conflit en Ukraine.
Face à cette perte de pouvoir d’achat, le café en grains est devenu un luxe inaccessible pour une grande partie des ménages, poussant les consommateurs à adapter leurs habitudes. Certains se tournent vers le café moulu, communément appelé « marbella » en arabe tchadien. Pour maximiser la quantité et compenser le goût, de nombreuses ménagères y ajoutent diverses épices comme du gingembre ou des clous de girofle. « Je ne peux plus m’offrir un coro à ce prix. J’achète donc du café en poudre que je rehausse avec des condiments pour le faire durer », témoigne Mme Mariam, une habitante de la capitale.
Sur le plan financier, l’alternative en poudre séduit par son accessibilité immédiate : avec 500 F CFA, il reste possible d’obtenir un verre prêt à la consommation, là où une pièce de 1 000 F CFA ne suffit plus pour acheter des grains en quantité significative.
Cependant, cette option suscite des réserves chez d’autres consommateurs qui mettent en doute la pureté du produit moulu commercialisé. « Cela fait plus de dix ans que je consomme mon café exclusivement à la maison. J’achète les grains et je les fais moudre sur place, car je ne fais pas confiance au café en poudre vendu sur le marché », explique un connaisseur.
Entre hausse des coûts, ajustements de qualité et recours aux aromates pour prolonger les stocks, le rituel quotidien du café à N’Djamena reflète aujourd’hui les arbitrages financiers complexes auxquels sont confrontés les foyers tchadiens.


