Chaque année, les universités, instituts et écoles de formation professionnelle déversent des milliers de nouveaux diplômés sur le marché du travail. Pourtant, une grande partie d’entre eux peine à s’insérer professionnellement. Face aux longues attentes d’intégration dans la Fonction publique, aux obstacles de l’entrepreneuriat et au recours aux activités informelles pour subvenir à leurs besoins, de nombreux jeunes voient leurs perspectives s’assombrir.
Pour mesurer l’ampleur de cette réalité, BÉKISSIEL Bertrand, journaliste au journal Tribune Échos, est allé à la rencontre de diplômés sans emploi et de fonctionnaires. Leurs témoignages croisés apportent un éclairage sur les défis du chômage des jeunes au Tchad.
Du côté des jeunes diplômés, le constat reste amer. Beaucoup estiment que la Fonction publique ne parvient plus à absorber le nombre croissant de cadres formés. Ils pointent du doigt le faible renouvellement des effectifs, la rareté des départs à la retraite et des processus de recrutement perçus comme parfois éloignés des critères de compétence. Pour certains, l’attente d’un premier poste dépasse désormais une décennie.
Faute d’embauche formelle, plusieurs diplômés se tournent vers le commerce, l’artisanat ou le transport en moto-taxi. Toutefois, les acteurs de ces initiatives déplorent la lourdeur des charges, la pression fiscale et les blocages administratifs qui freinent leur développement. Ces jeunes soulignent néanmoins le potentiel du pays, notamment dans le secteur agro-pastoral. La relance des terres cultivables et la modernisation des anciens casiers rizicoles de Bongor et de Laï sont régulièrement citées comme des leviers capables de générer des emplois durables et de stimuler l’économie nationale.
De leur côté, les agents de l’État rencontrés reconnaissent la gravité de la situation, tout en rappelant que le secteur public ne peut constituer l’unique débouché. Selon eux, l’insertion professionnelle passe nécessairement par le développement du secteur privé. Ils invitent les diplômés à valoriser leurs compétences à travers l’initiative privée et la création d’entreprises.
En dépit de ces blocages, les jeunes interrogés expriment leur volonté de construire leur avenir sur place. Ils sollicitent un accompagnement accru des pouvoirs publics pour encourager l’auto-emploi, alléger le parcours des entrepreneurs et garantir l’équité lors des recrutements. L’ensemble de ces témoignages met en évidence la centralité de l’emploi des jeunes dans les défis nationaux. Pour l’avenir de cette génération, la priorité réside dans la capacité à transformer le potentiel économique du Tchad en opportunités professionnelles réelles et accessibles.


