À l’occasion de la Journée mondiale du coton, célébrée chaque 7 octobre, l’état de la filière cotonnière tchadienne suscite à la fois espoir et interrogations. Historiquement surnommé le pays de l’« or blanc », le Tchad voit aujourd’hui ce secteur vital varier entre timide reprise et défis structurels majeurs.
Dans la partie méridionale du pays, la culture du coton dépasse le cadre purement agricole pour devenir une question d’économie de subsistance. La filière fait vivre, directement ou indirectement, plus de 3,5 millions de personnes. Pour ces ménages ruraux, la vente de la récolte constitue la principale ressource financière de l’année. Malgré la prédominance des revenus pétroliers depuis 2003, le coton demeure le deuxième pilier de l’économie nationale et joue un rôle moteur dans l’équilibre de la balance commerciale.
Sur le plan de la production, les indicateurs montrent des signes de redressement. Après avoir atteint un niveau historiquement bas en 2018 avec seulement 16 000 tonnes récoltées, la filière a engagé sa remontée. Portée par les mesures de relance étatiques et la restructuration de la Cotontchad SN dont le groupe Olam détient 60 % des parts, la production atteint 150 000 tonnes pour la campagne 2025-2026, marquant une progression spectaculaire de 160 % sur un an. Cette dynamique de production masque néanmoins une fragilité structurelle : la quasi-absence de transformation locale. Le Tchad continue d’exporter la majeure partie de sa fibre à l’état brut pour réimporter ultérieurement des tissus, pagnes et vêtements finis à des coûts élevés. Cette configuration génère un manque à gagner économique considérable et prive le pays d’une véritable valeur ajoutée.
À cette limite industrielle s’ajoutent des contraintes de terrain persistantes. Les agriculteurs font face à l’appauvrissement des sols, à une faible mécanisation, aux difficultés d’approvisionnement en intrants ainsi qu’aux aléas climatiques et sécuritaires. De plus, les retards récurrents dans le paiement des récoltes par les structures d’achat pèsent lourdement sur la motivation des producteurs.
Si le coton reste un filet de sécurité indispensable pour l’économie rurale, son potentiel comme levier d’industrialisation demeure largement sous-exploité. Sans investissements massifs dans les unités de transformation locale, le Tchad restera tributaire des cours mondiaux et de l’importation de produits finis à forte valeur ajoutée.


