« Vous de telle province, vous n’avez rien à dire sur notre pays », « Telle communauté ne cherche que le pouvoir et l’argent, qu’ils retournent chez eux », « Si ce n’est pas ta tribu au pouvoir, tu cries à l’injustice » : ce type de stigmatisations rythme le quotidien des utilisateurs tchadiens sur Facebook, TikTok et WhatsApp.
En quelques années, les réseaux sociaux se sont imposés comme la principale tribune des débats publics au pays. Mais cet espace d’expression, censé rapprocher les citoyens, se mue parfois en un théâtre d’une violence verbale inédite, poussant à s’interroger sur les limites franchies en ligne.
Le débat politique, communautaire ou social glisse régulièrement de la critique constructive aux injures. Protégés par l’anonymat, certains internautes ciblent sans retenue l’origine, la région ou l’appartenance ethnique d’autrui. Relayés massivement, ces messages finissent par banaliser la stigmatisation.
Cette hostilité virtuelle dépasse largement le cadre des écrans. Les publications haineuses alimentent les clivages, creusent la méfiance entre les différentes communautés et stérilisent le débat d’idées. Fait notable, des jeunes, des figures influentes et des comptes se réclamant de mouvements citoyens sont régulièrement épinglés pour avoir relayé des contenus tribalistes.
Si la Constitution tchadienne garantit la liberté d’expression, la loi résonne comme un garde-fou en punissant l’incitation à la haine et à la discrimination.
Des organisations de la société civile multiplient les initiatives de terrain et mènent des campagnes de sensibilisation contre la désinformation et les propos haineux. Toutefois, face à la viralité des algorithmes, la portée de ces actions demeure limitée. En définitive, si les réseaux sociaux ont démocratisé la parole, le défi réside désormais dans la capacité des Tchadiens à en faire un véritable espace de dialogue plutôt qu’une caisse de résonance des fractures identitaires.


