En mission au Tchad depuis le 16 février 2026, la Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la traite des femmes et des enfants, Siobhán Mullally, a été reçue ce mercredi 25 février par le ministre de la Justice, Garde des Sceaux et chargé des Droits humains, Youssouf Tom. Cette audience au ministère de la Justice et des Droits humains a marqué l’étape finale de ses investigations menées sur le terrain, notamment dans le sud et l’est du pays, jusqu’à Adré, où elle a visité un site accueillant des réfugiés.
Dès l’entame de son intervention, la Rapporteuse spéciale a salué les autorités tchadiennes pour avoir facilité sa mission. Elle a également reconnu les avancées enregistrées par le gouvernement dans la lutte contre la traite des personnes, soulignant les progrès réalisés aux plans législatif, institutionnel et politique. Ces efforts, a-t-elle noté, témoignent d’une volonté affirmée de faire face à un phénomène complexe et multiforme.
Mais derrière ces avancées, le constat dressé reste alarmant. Dans les zones visitées, la traite des personnes demeure une réalité préoccupante. À Adré, la faiblesse du soutien international à l’action humanitaire conduite par le Tchad accroît la vulnérabilité des réfugiés, devenus des cibles privilégiées des réseaux criminels. Dans le sud, femmes et filles sont exposées à l’exploitation sexuelle et aux travaux domestiques forcés, tandis que des garçons sont contraints au travail forcé, à la domesticité ou même vendus. L’impunité des auteurs et complices aggrave la situation.
À l’est, la situation n’est guère plus reluisante : exploitation sexuelle, travaux forcés et enrôlement de garçons par des groupes armés y sont signalés. Pour Siobhán Mullally, la pauvreté constitue le dénominateur commun de ces violations graves des droits humains. Elle plaide pour un renforcement des campagnes de sensibilisation et l’application de sanctions exemplaires contre ceux qui ont fait de la traite un commerce lucratif.
En réponse, Youssouf Tom a jugé les conclusions pertinentes et révélatrices. Il a appelé la communauté internationale à redoubler d’efforts pour mettre fin à la crise soudanaise qui alimente l’instabilité à l’est du Tchad, tout en exhortant l’opinion nationale à une mobilisation accrue dans les zones méridionales, considérées comme l’épicentre du phénomène. Le ministre a annoncé son intention de durcir l’arsenal juridique et de renforcer la formation des magistrats et personnels judiciaires. Il espère que les recommandations qui seront présentées prochainement à Genève contribueront à intensifier la lutte contre cette pratique qu’il qualifie, sans détour, de crime intolérable.


