Le monde des lettres et de l’histoire politique du Tchad est en deuil. Antoine Bangui-Rombaye s’est éteint ce mercredi 28 janvier 2026 en France, à l’âge de 92 ans. Figure de proue de la première génération de cadres du pays, il laisse derrière lui l’héritage d’un homme d’État et d’un écrivain dont la plume a marqué les consciences.
Ancien compagnon de route de François Tombalbaye aux premières heures de l’indépendance, Antoine Bangui-Rombaye a servi son pays au plus haut sommet, occupant notamment les portefeuilles prestigieux des Affaires étrangères et du Plan. Mais sa trajectoire politique, faite de convictions et de tourments, restera indissociable de son œuvre littéraire.
Considéré comme l’un des piliers de la littérature tchadienne, il a su transformer ses épreuves en une œuvre universelle. Son écriture, précise et sans concession, naviguait avec justesse entre l’intime et le destin national. Deux ouvrages majeurs illustrent ce parcours : « Prisonnier de Tombalbaye » (1980) : Un témoignage autobiographique poignant sur l’arbitraire du pouvoir et l’enfer carcéral. Ce texte demeure, encore aujourd’hui, une œuvre fondatrice pour décrypter les dérives autoritaires de l’époque ; « Les Ombres de Koh » (2001) : Une exploration plus introspective de l’identité tchadienne, où l’auteur interroge les racines, la culture et les traditions de son peuple.
En disparaissant en terre étrangère, Antoine Bangui-Rombaye emporte avec lui une part de la mémoire du pays, mais laisse l’image d’un intellectuel digne, ayant érigé ses cicatrices en un plaidoyer vibrant pour la liberté et la justice.


