À Dembé comme aux abords du grand marché, la scène est devenue un rituel urbain : des vendeurs déploient chaque matin leurs marchandises à même le goudron, transformant des portions entières de la chaussée en marchés de fortune. Une économie de survie qui pulse au rythme des pas, des cris et des négociations, mais qui charrie aussi un désordre grandissant dans une ville en quête de souffle.
Car derrière cette proximité séduisante entre vendeurs et clients se cache une occupation anarchique de l’espace public, révélatrice d’un manque criant d’infrastructures commerciales et d’une pression économique qui ronge de nombreux ménages.
Sous l’apparence banale d’un marché improvisé, un réel danger se faufile au quotidien. Les étals débordant sur la chaussée étranglent les voies, forçant les conducteurs à slalomer entre marchandises et foules compactes, multipliant les risques de collisions. Dans ce ballet désordonné où motos, véhicules, piétons et vendeurs se côtoient au millimètre près, la moindre distraction peut se transformer en drame.
Les conséquences ne s’arrêtent pas là. Les véhicules d’urgence – ambulances, pompiers, forces de sécurité – avancent au ralenti, pris au piège des axes saturés. Chaque minute perdue devant un étal ou un attroupement peut compromettre une intervention vitale. Et pendant que la ville se fraye difficilement un chemin, vendeurs et marchandises restent vulnérables : vols, chocs, dégradations, tout peut survenir dans ce désordre permanent.
Si ce commerce informel persiste, c’est aussi parce que ses racines plongent dans une réalité sociale complexe : régulation insuffisante, application timide des règles d’occupation du domaine public, absence d’espaces marchands organisés, chômage endémique… Autant de raisons qui poussent les petits commerçants à investir là où bat le cœur de la clientèle, là où la visibilité promet, parfois, de quoi tenir la journée.
Pour calmer cette effervescence qui déborde et harmoniser circulation, sécurité et économie populaire, la municipalité pourrait ouvrir de nouvelles pistes : création de zones marchandes adaptées, réaménagement des trottoirs, campagnes de sensibilisation sur les risques encourus. Car au-delà de ces étals qui colorent la ville et racontent son pouls, c’est la sécurité collective qui se joue chaque jour sur le bitume devenu trop étroit pour tout le monde.


