La scène politique tchadienne est en ébullition après la publication d’une lettre ouverte du sénateur Abderaman Koulamallah à l’endroit de l’ancien Premier ministre Pahimi Padacké Albert, suivie d’une réplique virulente signée par le Dr Djiddi. Cet échange musclé, entre mémoire politique, accusations personnelles et divergences sur la gouvernance actuelle, révèle les fractures persistantes au sein de la classe dirigeante tchadienne.
Dans sa lettre, le sénateur Koulamallah interpelle directement son homologue Pahimi Padacké Albert sur ce qu’il perçoit comme une posture contradictoire :
« Cette lettre fait suite à vos prises de position depuis un certain temps, surprenantes par leur virulence et leur décalage avec votre propre parcours. Elles m’amènent à m’adresser à vous publiquement, car nul ne peut s’ériger aujourd’hui en censeur intransigeant d’un système dont il fut hier l’un des architectes les plus actifs et l’un des principaux bénéficiaires. […] Je m’étonne dès lors que vous choisissiez aujourd’hui de revêtir l’habit de l’opposant intransigeant, multipliant les critiques contre le gouvernement actuel, comme si vous étiez soudain étranger à ce pouvoir auquel vous avez appartenu si longtemps. […] Le Tchad n’a pas besoin de faux-semblants, mais d’hommes politiques constants dans leurs engagements et sincères dans leur quête de l’unité nationale. Je vous invite donc, Monsieur le Sénateur, à la cohérence et à la retenue : pour le bien de notre pays, pour le respect des responsabilités que vous avez exercées et pour la vérité que nous devons ensemble à nos concitoyens. »
Mais cette prise de parole n’a pas laissé indifférent le Dr Djiddi, qui a réagi avec une rare virulence à travers un texte titré « Coup de Badangaï (39/25) ». Il y fustige la légitimité morale d’Abderaman Koulamallah, qu’il accuse d’un passé chargé et d’une complicité dans l’état actuel du pays :
« Monsieur Abderahman Koullamallah, vous n’êtes pas propre pour donner des répliques à Pahimi Padaké Albert. […] L’ex-rebelle reprend sa kalachnikov graphorrhéïque et tire maladroitement sur son acolyte sénateur et ex-PM Pahimi Padacké Albert, juste pour défendre l’indéfendable : les dernières nominations tribalistes qui ne répondent à aucune objectivité. […] Il faut avoir un trou de mémoire de ce vieil homme pour jouer au donneur de leçons, un vieil homme dont le passé récent est souillé évidemment du sang tchadien pour avoir été le porteur-parole en arme d’une rébellion meurtrière qui coûta la vie à des centaines de Tchadiens. […] Si notre pays est à la dérive, c’est justement à cause de ces vieillards atypiques qui prennent en otage notre chère patrie devenue une jungle des rebelles aux affaires. […] La sortie de Pahimi est de loin la plus juste […] L’erreur de Pahimi est de croire que ce sont seulement ses ouailles de son parti ou de son Sud natal qui sont écartés, et il oublie ces nombreux autres Tchadiens de tous les coins mis au ban du chômage. […] Je puis conclure que ce sont désormais les rebelles, les criminels, les séditieux et surtout les hommes-girouettes qui changent de camp en pleine bataille qui ont le vent en poupe. »
L’échange entre Koulamallah et Djiddi dépasse la simple querelle politique : il met en lumière les clivages entre anciens compagnons de route, les rancunes idéologiques et une lutte plus large pour la légitimité au sein de l’espace public tchadien. Pendant que certains prônent la retenue et la mémoire des actes passés, d’autres appellent à une refondation radicale contre un système perçu comme verrouillé, inéquitable et clientéliste.
Dans cette confrontation, chacun parle au nom de la vérité et de la justice, mais leurs visions du Tchad divergent fondamentalement. Une chose est sûre : ce duel d’anciens du système en dit long sur les tensions internes à une élite politique en pleine recomposition.


