De Mandakaou à Oregoumel, en passant par Molou, une série de tueries inexpliquées ébranle les fondements de la paix civile dans cette partie du Tchad. Dans un silence assourdissant, des vies sont fauchées, des familles endeuillées, et une autorité qui peine à reprendre la main. À mi-chemin entre un appel à l’ordre et le respect des engagements internationaux du Tchad, la crise pose une équation sécuritaire et politique complexe.
Depuis plusieurs semaines, les localités telles que Mandakaou, Molou et Oregoumel enregistrent ont enregistré d’actes de violence, notamment des assassinats ciblés, souvent en pleine journée, dans les champs, les villages ou sur les axes de circulation.
Cette forme de violence sourde, sans visage ni idéologie affichée, alimente toutes sortes de suspicions : règlements de compte, tensions communautaires, rivalités foncières.
Mais l’effet est le même : une inquiétude généralisée et un recul de l’État dans ses fonctions régaliennes.
Face à l’ampleur des événements, certains acteurs politiques locaux plaident pour l’instauration de la loi martiale.
Cependant, cette option soulève de vives préoccupations :
- Au plan juridique, le Tchad est lié par plusieurs instruments internationaux (Charte africaine des droits de l’homme, Pacte international relatif aux droits civils et politiques) qui imposent un strict encadrement de l’usage de la force.
- Au plan politique, une militarisation excessive risquerait de créer un sentiment de répression, voire de ciblage, au sein des populations locales.
Le gouvernement se retrouve ainsi coincé entre deux impératifs contradictoires : rétablir l’autorité de l’État rapidement, et respecter les engagements internationaux relatifs aux droits humains.
Cette situation sécuritaire n’est pas une surprise pour les analystes locaux. Plusieurs facteurs structurels nourrissent cette instabilité :
- Circulation massive d’armes légères : héritage des conflits régionaux, les armes sont accessibles à tous.
- Faible présence de l’État dans les zones rurales : administration absente, services publics inexistants.
- Conflits intercommunautaires récurrents : transhumance, accès à l’eau, terres agricoles.
- Jeunesse marginalisée et sans perspectives, proie facile à la manipulation violente.
La faiblesse du maillage sécuritaire et administratif crée un vide exploité par des groupes ou des individus opérant en toute impunité.
Ce qui se joue actuellement entre Mandakaou, Molou et Oregoumel, c’est plus qu’une crise sécuritaire : c’est une mise à nu de la fragilité de la gouvernance territoriale tchadienne. Tant que ces zones resteront des angles morts de la République, elles continueront à produire de la violence, de la peur et de la défiance.
Face à cette réalité, le choix n’est pas entre la force brute et le droit, mais dans l’équilibre entre autorité ferme, justice crédible et dialogue durable. L’État doit montrer qu’il est fort, non pas seulement par les armes, mais par sa capacité à protéger et à écouter ses citoyens.


