Au lieu d’être un vecteur d’union, d’apprentissage et d’entrepreneuriat, TikTok est devenu, au Tchad, une arène de conflits virulents, un champ de bataille numérique où les invectives fusent plus que les idées constructives. Malgré les mises en garde des autorités et les alertes des observateurs, la plateforme est aujourd’hui le théâtre de violentes altercations verbales entre jeunes, exacerbant les clivages sociaux et régionalistes.
TikTok aurait pu être une opportunité pour les jeunes tchadiens de mettre en avant leur culture, d’apprendre de nouvelles compétences ou de monter des business lucratifs. Mais au lieu de cela, la plateforme est largement dominée par des contenus polémiques, des clashes incessants, des injures et des propos incendiaires qui alimentent les tensions entre différentes communautés.
Le régionalisme, un fléau déjà présent dans la société tchadienne, trouve dans TikTok un canal de propagation encore plus rapide et plus violent. Chaque jour, de nouvelles vidéos virales mettent en scène des attaques personnelles, des propos xénophobes et des débats stériles qui ne font qu’envenimer les fractures sociales.
Beaucoup de jeunes tchadiens passent des heures à consommer et à créer du contenu sur TikTok, mais rares sont ceux qui l’utilisent à bon escient. Loin d’en faire un outil d’apprentissage ou d’opportunités économiques, la majorité des utilisateurs sombrent dans des futilités qui ne leur apportent aucune valeur ajoutée. Pourtant, ailleurs, TikTok est une source de revenus et un levier de formation pour de nombreux jeunes entrepreneurs et créateurs de contenu.
Le manque d’orientation et d’accompagnement est flagrant. Alors que des pays voisins exploitent la puissance de TikTok pour promouvoir leurs talents, leurs entreprises et leurs cultures, le Tchad semble s’enfoncer dans une spirale d’autodestruction digitale.
Conscientes du danger que représente cette dérive, les autorités tchadiennes ont plusieurs fois mis en garde contre l’usage nocif de TikTok. Des campagnes de sensibilisation ont été lancées, appelant à un usage responsable du réseau. Mais ces efforts semblent tomber dans l’oreille d’un sourd.
Faut-il en arriver à une restriction de la plateforme pour enrayer ce phénomène ? Certains pays ont déjà adopté des mesures strictes pour contrer la propagation des contenus toxiques, mais au Tchad, la question reste en suspens. Entre liberté d’expression et nécessité de régulation, le débat est lancé.
TikTok n’est qu’un outil ; c’est la manière dont il est utilisé qui détermine ses effets. Le Tchad doit saisir cette opportunité pour transformer cette plateforme en un espace de développement personnel et collectif. Des formations, des campagnes de sensibilisation plus musclées et une régulation efficace pourraient changer la donne.