Au Tchad, la prise en charge des troubles mentaux demeure le parent pauvre du système de santé national. Malgré une présence de plus en plus marquée de malades errants dans les rues, les marchés et les quartiers populaires, la réponse publique reste largement en deçà des besoins. Entre absence d’infrastructures spécialisées et manque de personnel qualifié, des milliers de citoyens se retrouvent livrés à eux-mêmes dans une indifférence quasi générale.
À N’Djamena comme dans les provinces, le spectacle est devenu quotidien : des hommes et des femmes à la dérive, survivant dans une précarité extrême et exposés en permanence à la stigmatisation. Cette absence de suivi médical et social ne fait qu’accentuer leur marginalisation, rendant toute perspective de stabilisation ou de réinsertion illusoire.
Au-delà de l’aspect humanitaire, cette situation alimente un sentiment d’insécurité croissant au sein de la population. Dans les espaces publics, les témoignages se multiplient sur des interactions parfois imprévisibles, voire agressives. Si la majorité de ces malades ne présentent aucun danger intrinsèque, leur dénuement total et l’absence d’encadrement génèrent des tensions qui inquiètent les riverains.
Pourtant, réduire cette problématique à une simple question d’ordre public serait une erreur de diagnostic. Il s’agit avant tout d’un défi majeur de santé publique et de respect de la dignité humaine. Les experts exigent un suivi psychiatrique régulier, un accompagnement psychologique et un cadre social adapté, la plupart de ces pathologies peuvent être stabilisées. Investir dans des structures dédiées ne permettrait pas seulement de sécuriser l’espace urbain, mais surtout de restaurer la citoyenneté de personnes vulnérables.
Face à ce constat alarmant, l’appel à une action concertée se fait pressant. Autorités sanitaires, professionnels de santé et organisations de la société civile sont interpellés pour sortir la santé mentale de l’ombre. Le renforcement des capacités d’accueil et la sensibilisation du public apparaissent aujourd’hui comme les deux piliers indispensables pour garantir, enfin, une prise en charge humaine et sécurisée.


