Chaque année, le mois de Ramadan impose son rythme à des millions de fidèles. Temps de discipline, de recueillement et de solidarité, ce mois sacré trouve son ancrage quotidien dans l’iftar, ce moment de rupture du jeûne attendu dès le coucher du soleil. Pourtant, derrière la piété apparente, une tendance s’installe : celle d’une surenchère alimentaire qui contraste avec l’exigence de sobriété.
Initialement conçu pour cultiver la maîtrise de soi et la compassion envers les nécessiteux, le jeûne semble parfois s’effacer, le soir venu, devant des tables transformées en banquets. Plats multiples, pyramides de pâtisseries, fritures et boissons sucrées s’accumulent. Ce qui devrait être une collation de rupture devient une fête de la consommation, dépassant largement les besoins physiologiques d’un corps privé de nourriture pendant la journée.
Si cette générosité est souvent perçue comme un signe d’hospitalité, elle masque une réalité plus sombre : le gaspillage alimentaire. Ce phénomène, devenu préoccupant, entre en contradiction directe avec les valeurs de modération portées par l’Islam.
Dans de nombreux foyers, l’iftar a glissé du domaine spirituel vers celui de la démonstration sociale. Recevoir avec faste n’est plus seulement une marque de bienvenue, mais parfois un moyen d’affirmer son statut. L’influence des réseaux sociaux n’est pas étrangère à cette mutation. L’exposition de tables richement garnies crée une pression invisible, poussant les familles à privilégier l’apparat sur l’essence même du rite.
Cette opulence n’est pas sans conséquences. Sur le plan médical, la rupture du jeûne par des repas trop riches provoque fréquemment troubles digestifs, fatigue chronique et prise de poids, un paradoxe pour un mois censé purifier l’organisme. Sur le plan financier, cette course à la consommation pèse lourdement sur le budget des ménages, parfois au détriment d’autres besoins essentiels.
Pourtant, la tradition rappelle que la dignité de l’iftar réside dans sa simplicité. Une datte, un verre d’eau et un repas équilibré partagé dans la sérénité suffisent à honorer ce moment.
Aujourd’hui, le défi est de retrouver le sens premier de cette pratique : privilégier la qualité à la quantité et transformer le surplus en acte de solidarité envers les plus vulnérables. Car, en définitive, la richesse de l’iftar ne se mesure pas au nombre de plats, mais à la profondeur de l’intention.


