Le septième art tchadien, le cinéma, brille à l’international, mais reste dans l’ombre sur ses propres terres. Malgré le talent mondialement salué de ses cinéastes à l’instar de Mahamat-Saleh Haroun, Prix du Jury à Cannes, le pays fait face à un vide infrastructurel criant qui dure depuis plusieurs décennies. Le constat est déplorable. Le Tchad produit des films, mais n’a presque aucun endroit pour les projeter.
Aujourd’hui, le pays ne dispose que d’une seule salle répondant aux normes professionnelles; celle de Le Normandie. Véritable institution ouverte en 1949 à N’Djamena, ce cinéma mythique a survécu aux tempêtes de l’histoire. Marqué par des fermetures et réouvertures successives liées au contexte politique et social, le lieu a récemment repris vie grâce au soutien de l’État et à la détermination de passionnés comme le cinéaste Issa Serge Coelo. Une victoire symbolique, certes, mais dérisoire pour une population estimée à 18 millions d’habitants.
Ce désert culturel n’a pourtant pas toujours existé. Autrefois, le réseau était dense : le Vogue, le Shéhérazade ou le Rio animaient les nuits de la capitale, tandis que le Rex à Sarh, le Logone à Moundou et le Ciné Chachati à Abéché faisaient vibrer les provinces. La plupart de ces écrans se sont éteints entre les années 1970 et 1980, victimes des guerres civiles et de l’instabilité chronique.
Le contraste est saisissant. En 2025, le Tchad était l’invité d’honneur du Fespaco, le plus grand festival de cinéma d’Afrique. Une mise en lumière qui a relancé le plaidoyer pour des infrastructures nationales et une décentralisation de la culture vers Moundou ou Abéché.
Comme le souligne un acteur du secteur : « Sans salles, le cinéma tchadien reste un cinéma d’exportation : applaudi à l’étranger, mais invisible pour son propre peuple. » Cette pénurie de salles ne freine pas seulement l’accès au divertissement ; elle handicape toute une économie.
L’absence de diffusion professionnelle : limite l’éducation à l’image et la diversité culturelle du public ; réduit la visibilité des talents locaux qui peinent à monétiser leurs œuvres ; freine la création d’emplois, alors que le cinéma est un puissant vecteur de commerce et de dynamisme social.
Pour sortir de cette impasse, la volonté politique et l’investissement privé devront s’accorder. La mise en place de politiques culturelles fortes et la construction d’infrastructures modernes sont désormais essentielles pour que le grand écran ne soit plus un luxe, mais un droit citoyen au Tchad.


