Le paysage politique tchadien connaît un tournant, comme le montre le récent vote à l’Assemblée Nationale. Le rapport de la Commission spéciale sur la révision technique de la Constitution du 29 décembre 2023 a été adopté par une large majorité : 171 voix pour, 1 contre et aucune abstention. Ce vote n’est cependant qu’une première étape, le texte devant être examiné par le Sénat avant un vote final en Congrès, prévu pour le 13 octobre 2025, nécessitant une majorité des trois cinquièmes.
Soutenue par le Mouvement Patriotique du Salut (MPS), cette révision propose des changements notables, notamment l’extension du mandat présidentiel de cinq à sept ans et la création d’un poste de Vice-Premier ministre, ainsi que d’autres réformes structurelles. Ces propositions ont suscité des réactions variées parmi les Tchadiens, allant de l’adhésion à de vives critiques.
Lors de la présentation du rapport, un parlementaire de la majorité a déclaré : « J’étais la personne qui a proposé la Présidence à vie au chef de l’État. » Cette affirmation témoigne des tensions entourant cette révision, dénoncée par le Groupe de Concertation des Acteurs Politiques (GCAP) comme « irrégulière et illégitime ». Le GCAP a exigé le « retrait pur et simple de cette constitution » et a appelé à un moratoire constitutionnel pour gérer la période de vide juridique. Plusieurs députés ont également quitté l’hémicycle en signe de rejet du projet.
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Malgré ces tensions, le MPS a attiré certains membres de l’opposition, des « divorcés » de la « Coalition pour un Tchad uni ». L’ancien secrétaire général du MPS, Mahamat Zene Baba, a affirmé : « L’alliance reste valable entre nous. Mais le MPS n’en parlera qu’à la récolte », laissant entendre que toute collaboration sera discutée après les élections législatives, sénatoriales, provinciales et communales. Cela met en évidence que les alliances politiques sont souvent influencées par des intérêts électoraux.
La « Coalition pour un Tchad uni » regroupe 230 partis qui avaient soutenu la candidature de l’actuel Chef de l’État, Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno, lors des dernières élections présidentielles. Cependant, après ce scrutin, le divorce a été consommé, chaque parti se préparant à affronter les élections de manière autonome. Le MPS a d’ailleurs annoncé qu’il « ramasse après la récolte ».
Certains parlementaires dissociés de la coalition adoptent une approche pragmatique. L’un d’eux a affirmé : « Nous avons passé d’un quinquennat à un septennat, cela ne me pose pas de problème. » Ce sentiment est partagé par plusieurs élus, révélant une ambivalence au sein de l’hémicycle, où des considérations politiques immédiates semblent primer sur les principes démocratiques et le devoir des élus de défendre l’intérêt supérieur de la Nation.
Cette situation soulève des questions sur l’intégrité du processus politique au Tchad. Bien que la révision technique de la Constitution soit présentée comme nécessaire pour le développement du pays, de nombreux observateurs y voient un moyen pour le MPS de renforcer son emprise sur le pouvoir. Dans ce contexte, l’avenir politique du Tchad apparaît incertain, appelant à une vigilance accrue de la part des citoyens et des acteurs politiques.


