Au Tchad, l’image de la femme d’affaires cantonnée aux activités de subsistance appartient désormais au passé. En 2026, l’entrepreneuriat féminin s’impose comme un pilier stratégique du Plan National de Développement (PND), porté par une génération de dirigeantes bien décidées à bousculer les codes de l’économie nationale.
Le paysage entrepreneurial a franchi une étape historique avec l’opérationnalisation de la Chambre Nationale de l’Entrepreneuriat Féminin (CNEF). Cet organe de tutelle permet enfin de structurer un secteur longtemps resté dans l’informel, offrant ainsi une véritable influence politique aux femmes chefs d’entreprise. Cette dynamique est renforcée par la Stratégie Nationale de l’Entrepreneuriat Féminin, élaborée avec l’appui du PNUD, qui encadre les politiques publiques pour garantir une croissance plus inclusive.
Face aux difficultés persistantes d’accès au crédit bancaire classique, de nouvelles solutions émergent sur le terrain. Des programmes de financement dédiés accompagnent désormais les entreprises dirigées par des femmes, tandis que, dans les zones rurales, la multiplication des groupements d’épargne et de crédit irrigue les très petites entreprises locales, créant un maillage économique de proximité.
Si le commerce et l’agriculture demeurent des piliers, les Tchadiennes investissent de nouveaux créneaux porteurs. À travers des structures comme l’AgroBusiness Tchad Incubator, les entrepreneures transforment les ressources du terroir (karité, gomme arabique, céréales) pour exporter des produits à forte valeur ajoutée.
On observe notamment une percée notable dans le coaching, la médiation et les services digitaux ; la Maison de la Femme Tchadienne continue de monter en gamme, professionnalisant les métiers de la couture et des arts culinaires pour favoriser l’auto-emploi.
Malgré ces avancées, le chemin vers l’épanouissement économique total reste semé d’embûches. Les pesanteurs socioculturelles et les traditions patriarcales limitent encore l’autonomie de décision et l’accès à la propriété foncière pour de nombreuses femmes.
Par ailleurs, le besoin en renforcement de capacités, gestion, marketing digital et comptabilité, est criant pour transformer les micro-projets en PME structurées. Plus de la moitié des créatrices d’entreprises citent toujours l’absence de garanties comme le principal frein à leur expansion financière.
Le thème de la SENAFET 2026, « Chaque femme compte : inclusion, dignité et participation pour un développement durable et radieux », illustre parfaitement cette ambition de l’État. L’avenir de l’économie tchadienne semble aujourd’hui indissociable de la réussite de ses entrepreneures. Pour que ce potentiel s’exprime pleinement, le soutien institutionnel devra continuer de se traduire en opportunités concrètes et accessibles sur l’ensemble du territoire.


