Dans les artères grouillantes de N’Djamena, des grands carrefours aux ruelles plus discrètes des quartiers populaires, une scène devenue familière interpelle plus d’un : celle de jeunes gens, en pleine possession de leurs capacités physiques, tendant la main aux passants. Ce phénomène, qui semble s’installer durablement dans le paysage urbain, dessine un contraste saisissant entre la vigueur de cette jeunesse et l’inertie de la mendicité, au cœur d’une capitale en quête de renouveau économique.
Pour beaucoup, ce choix s’apparente à une solution de facilité face à l’étroitesse du marché de l’emploi et à la précarité ambiante. Dans un calcul de court terme, certains finissent par juger la quête de l’aumône plus « rentable » que l’apprentissage d’un métier artisanal ou les petits boulots informels, souvent pénibles et faiblement rémunérés. Encouragée par la solidarité spontanée des citoyens, cette pratique s’enracine, emprisonnant ses acteurs dans un cycle de dépendance sans horizon.
Au-delà de la question morale, ce constat soulève un véritable défi de société. Cette inactivité volontaire d’une partie de la force vive freine la culture de l’effort et prive les secteurs de l’artisanat et des services d’une main-d’œuvre pourtant nécessaire. Plus qu’une simple question d’image pour la capitale, c’est un frein réel au développement national.
La résorption de ce paradoxe appelle à une prise de conscience collective. Si l’État doit renforcer les dispositifs de formation et d’insertion, la famille et la société civile ont également un rôle important dans la valorisation du travail. Redonner à cette jeunesse le sens de la dignité par l’effort est aujourd’hui un impératif pour bâtir un Tchad plus productif et résolument tourné vers l’avenir.


