Dans la société tchadienne, la violence conjugale et sociale est souvent perçue comme un fléau touchant exclusivement les femmes. Pourtant, une réalité plus sombre et largement méconnue émerge : celle des hommes victimes de violences physiques, psychologiques ou sexuelles. Longtemps resté dans l’ombre, ce phénomène prend aujourd’hui une ampleur qui interpelle.
Au Tchad, le sujet est verrouillé par des normes sociales rigides liées à la masculinité et à l’honneur. Dans l’imaginaire collectif, l’homme incarne la force, l’autorité et la résilience. Admettre sa vulnérabilité est perçu comme un aveu de faiblesse, voire une déchéance. En conséquence, les débats publics ignorent quasi systématiquement cette souffrance masculine.
De peur d’être ridiculisés ou rejetés, de nombreux hommes choisissent de se murer dans le silence. Au sein du foyer, certains subissent des humiliations, des coups, des pressions financières ou des manipulations émotionnelles. S’ils n’osent ni porter plainte, ni solliciter de l’aide, c’est aussi par manque d’alternatives : les structures d’écoute et de prise en charge sont, pour l’heure, quasi exclusivement orientées vers les femmes et les enfants. Pour ces victimes, la conviction est faite que la société ne les prendra pas au sérieux.
Pourtant, dans le secret des cabinets médicaux, le constat est là. Des médecins rapportent des cas de violences intrafamiliales, d’agressions de rue ou de conflits de couple qui dégénèrent. Ces témoignages cliniques, bien que rarement médiatisés, révèlent une détresse profonde que les victimes préfèrent endurer en secret plutôt que d’affronter la « honte publique ».
Les conséquences de ce mutisme sont lourdes. Une violence non reconnue est une violence non traitée, laquelle alimente des tensions permanentes au sein des familles et fragilise le tissu social. Sans soutien institutionnel, cette souffrance peut mener à des actes désespérés.
Il devient donc urgent d’ouvrir un véritable débat national. Reconnaître la violence envers les hommes ne signifie en aucun cas minimiser les luttes légitimes pour les droits des femmes. Il s’agit, au contraire, d’élargir le champ de la protection sociale pour reconnaître que tout individu, quel que soit son genre, a droit à la sécurité.
Briser ce tabou est une étape essentielle pour bâtir une société plus juste. Car la violence, qu’elle frappe une femme ou un homme, s’attaque avant tout à la dignité d’un être humain.


