Les échanges entre N’Djamena, la capitale du Tchad, et Kousseri, ville camerounaise voisine, passent principalement par le petit pont de Nguéli, situé dans la commune du 9ᵉ arrondissement de N’Djamena. Ce pont piétonnier, qui enjambe les fleuves Chari et Logone, permet chaque jour le passage de nombreuses marchandises et constitue un axe stratégique pour le commerce transfrontalier.
Sur ce pont devenu un véritable relais commercial entre les deux villes, un marché improvisé s’est développé au fil des ans. On y trouve de tout : croquettes, bananes, ananas, beignets locaux (coseï, tabouskha), sachets d’eau, œufs, couches jetables, entre autres. La majorité des vendeurs sont des enfants, des femmes et de jeunes garçons, venus du Tchad et de Kousseri, qui rivalisent d’ingéniosité pour vendre leurs produits dans des conditions souvent difficiles.
Mamadou, un jeune Camerounais qui vend des mouchoirs et de l’eau sur le pont, témoigne : « Je quitte la maison à 5h30 avec des œufs, de l’eau glacée et les gâteaux préparés par ma grande sœur. Je ne fais pas que vendre, j’aide aussi les femmes à porter leurs fruits, bonbons et savons pour gagner 250 ou 300 FCFA. »
Il reconnaît les risques de cette activité : « On court de grands dangers en exposant nos marchandises au milieu du pont. Heureusement, depuis sept ans que je suis ici, je n’ai jamais eu d’accident, et j’espère que ça continuera. » Mamadou ne rentre chez lui qu’après 18h20.
Pour certains vendeurs, comme Hadjé Naïma, commerçante tchadienne, vendre sur le pont est un choix stratégique :
« J’achète mes œufs et mes bananes à Kousseri. En revenant, je m’arrête sur le pont pour écouler mes articles. En ville, les forces de l’ordre traquent les vendeurs, même dans les maisons. Ici, malgré le petit montant qu’il faut payer pour faire traverser les marchandises, je me sens plus libre. Mais si tu n’as pas de carte d’identité, tu risques une verbalisation. »
Même si aucun véhicule ne circule sur le pont, la sécurité des enfants demeure une préoccupation. Une passagère, croisée en route vers Kousseri, s’inquiète :
« C’est dangereux pour les enfants. Une simple inattention, un faux pas, et ils peuvent tomber dans l’eau. Heureusement, ici, il n’y a pas de voitures. »
Entre débrouillardise, précarité et insécurité, le pont de Nguéli reflète le quotidien de milliers de Tchadiens et Camerounais. Un point de passage vital, mais qui mériterait une meilleure organisation pour garantir sécurité et dignité aux usagers.


