Le paysage politique tchadien est secoué par une décision ministérielle qui suscite une vive controverse. Par l’Arrêté 011/PR/PM/MATD/SG en date du 26 juin 2025, le ministre d’État, ministre de l’Administration du Territoire et de Désenclavement, M. Limane Mahamat, a prononcé l’interdiction des activités des « regroupements informels » que sont le Mouvement Citoyen le Temps (MCT) et la section politique de Wakit Tamma, sur l’ensemble du territoire national. Le motif invoqué par le ministère est leur statut de « regroupements non autorisés de fonctionner légalement ».
Cette décision a provoqué une onde de choc au sein des deux organisations. Dans un communiqué conjoint rendu public ce samedi 28 juin, M. DINGAMNAYAL Judicaël, coordonnateur du MCT, et M. ZAKARIA ADOUM ZAKARIA, coordonnateur de Wakit Tamma section politique, ont exprimé leur « stupéfaction ». Ils estiment que la déclaration ministérielle est en « contradiction flagrante avec la Constitution tchadienne, les instruments juridiques internationaux ratifiés par le Tchad, et les principes fondamentaux de l’État de droit ».
Le MCT tient à rappeler son statut d' »organisation de la société civile dûment constituée », dont les missions sont fermement ancrées dans la promotion des droits humains, la justice sociale, la démocratie et la bonne gouvernance. De son côté, Wakit Tamma section politique affirme rassembler des « acteurs légitimes de la vie publique » qui exercent leurs droits constitutionnels fondamentaux d’association, de réunion et d’expression, « conformément à la loi ». Les deux organisations soulignent avec force qu' »aucun texte légal en vigueur n’interdit l’existence ou le fonctionnement de nos structures ».
Le communiqué conjoint met également en lumière une possible sélectivité dans l’application de cette mesure. Il est précisé que « l’interdiction ne concerne que l’aile politique » de Wakit Tamma, alors que d’autres composantes similaires continuent d’opérer librement. Les responsables des mouvements s’interrogent ouvertement sur le silence des autorités jusqu’à présent et sur la raison pour laquelle cette problématique n’avait jamais été soulevée auparavant. Ils rappellent qu' »aucune loi ne soumet les plateformes citoyennes à l’obtention d’une autorisation préalable de fonctionner », qualifiant l’acte du ministre de « non-événement ».
Cette tentative perçue comme une « intimidation » est interprétée par les organisations comme une manifestation d’une « dynamique autoritaire de répression systématique des voix dissidentes, des organisations citoyennes, et des mouvements critiques envers la gouvernance actuelle ». Les signataires y voient un écho sombre aux « périodes que le peuple tchadien espérait révolues ».
Face à cette situation, le MCT et Wakit Tamma section politique lancent un appel pressant aux « autorités compétentes » afin qu’elles se conforment scrupuleusement aux lois de la République et garantissent le respect des droits constitutionnels. Ils sollicitent également la vigilance de la « communauté internationale, des missions diplomatiques, et des organisations de défense des droits humains face à cette dérive autoritaire », tout en appelant à un soutien des « efforts pacifiques des mouvements citoyens au Tchad ». Nonobstant ces menaces, les deux organisations réaffirment leur engagement indéfectible et leur détermination à lutter « aux côtés du peuple tchadien dans la lutte pour la justice, la liberté et la dignité ».


