Dans de nombreux centres de santé de N’Djaména, l’accueil des femmes enceintes en plein travail demeure un défi majeur. Entre manque de compassion et défaut de savoir-être, les griefs contre certaines sages-femmes se multiplient, ternissant l’image d’une profession pourtant dédiée à la vie.
Mme Haoua garde un souvenir amer de son récent accouchement dans une maternité de la capitale. Bien que l’acte se soit déroulé sans complication médicale, le traumatisme est ailleurs. Une fois de retour chez elle, elle a confié à sa mère sa décision ferme : elle ne remettra plus jamais les pieds dans ce centre. En cause ? Une humiliation subie de la part de la sage-femme de garde.
Ce cas est loin d’être isolé. Une autre habitante raconte avoir été choquée par l’accueil réservé à sa nièce : « Les femmes en plein travail étaient installées à même le sol. Quand j’en ai fait le reproche, l’infirmière m’a violemment rétorqué que je n’avais qu’à apporter un lit de la maison. »
Plus marquant encore est le récit de Mme Solkem. En 2020, sous l’effet de la douleur et de la peur, elle avait instinctivement serré les jambes. « La sage-femme m’a donné une claque pour que je me positionne bien, tout en me hurlant dessus », se souvient-elle aujourd’hui avec un sourire crispé.
Ces scènes, récurrentes dans les hôpitaux publics, alimentent une nostalgie d’un autre temps. Pour les plus anciennes, comme cette grand-mère évoquant ses accouchements en 1977, la qualité des soins et la bienveillance des soignants de l’époque semblent s’être érodées avec les décennies.
Pourtant, le tableau n’est pas totalement sombre. Au CHU de la Mère et de l’Enfant, certains témoignages détonnent. « Elles étaient gentilles et attentionnées. Que Dieu les récompense », témoigne Mme Halima Ali, tout juste libérée de la maternité.
Du côté des professionnels, on tente de justifier certains comportements par l’urgence et le stress. « Nous sommes aussi des femmes, nous connaissons cette douleur », rassure Issela, une sage-femme qui affirme n’avoir jamais reçu de plainte.
Pour une responsable de service, la fermeté est parfois une nécessité vitale : « Quand vous voyez la tête du bébé sortir et que la maman ferme les jambes par réflexe, il faut agir vite. Certains gestes ou paroles sont mal interprétés, alors qu’ils visent uniquement à sauver la mère et l’enfant. »
Toutefois, les autorités sanitaires ne nient pas le problème. Des séances de sensibilisation et des formations sur l’accueil sont régulièrement organisées. « Nous espérons que la situation s’améliorera rapidement pour que les patientes n’aient plus à subir ces écarts de comportement », conclut un responsable de centre de santé.


