Au Tchad, de nombreuses femmes font face au phénomène de dépassement de terme. Entre angoisse, croyances familiales et risques médicaux réels, ces mères racontent une expérience qui éprouve tant le corps que l’esprit.
Khadidja, la trentaine, garde un souvenir amer de sa deuxième maternité. Sa grossesse a duré, selon son récit, bien au-delà du terme normal. « C’était une épreuve terrible. À dix mois de grossesse, j’ai supplié mon mari de négocier une césarienne. J’ai finalement été opérée, mais l’enfant n’a pas survécu. J’ai cru que j’allais mourir », confie-t-elle avec émotion.
Pour d’autres, comme Mme Nodji, cette situation s’est répétée. Si ses premiers enfants sont nés à terme, sa dernière fille est arrivée après treize mois et demi d’attente. « Je me sentais extrêmement lourde, je ne pouvais plus manger et j’étais souvent souffrante. Je pensais même attendre des jumeaux. À la naissance, ma fille avait une tête plus volumineuse que la normale, mais le médecin m’a rassurée sur son état de santé », témoigne-t-elle.
Dans certains foyers, la grossesse prolongée est perçue comme une particularité familiale. C’est le cas de Mme Mariam, mère de six enfants, tous nés après 14 ou 15 mois de gestation. « Au début, j’étais très stressée. Mais mes parents m’ont calmée en m’expliquant que c’était une caractéristique propre aux femmes de notre famille », explique-t-elle, précisant n’avoir ressenti qu’une fatigue intense l’empêchant de se déplacer.
Cette situation, bien que déroutante, est documentée par le corps médical. Selon le gynécologue Manikassé Palouma, les causes exactes restent parfois difficiles à cerner, bien que le phénomène soit fréquent : sur trente consultations quotidiennes, il reçoit en moyenne trois à quatre femmes concernées.
« Si le fœtus est correctement alimenté, il peut survivre au-delà des neuf mois. Cependant, le risque de souffrance fœtale neurologique est réel. Une carence alimentaire prolongée in utero peut entraîner des déficiences intellectuelles », prévient-il. Le praticien souligne également l’épuisement maternel : « Le corps est programmé pour nourrir un enfant pendant neuf mois. Au-delà, le stress et la fatigue s’installent. Le bébé peut aussi souffrir d’hypotrophie : il naît avec une peau sèche et un aspect « vieux » ».
Issela, sage-femme, insiste sur le danger lié au vieillissement du placenta. « Le placenta est l’unique lien vital entre la mère et l’enfant. Après neuf mois, il s’essouffle. Si la circulation s’interrompt, le bébé, privé de nutriments et d’oxygène, peut mourir subitement », alerte-t-elle.
Elle nuance toutefois les risques sur le développement intellectuel : « Le dépassement de terme n’affecte pas systématiquement les facultés de l’enfant, sauf s’il est lié à une malformation congénitale, comme l’anencéphalie ou l’hydrocéphalie ».
Plusieurs facteurs pourraient expliquer ces retards : un déséquilibre hormonal empêchant le déclenchement naturel du travail, ou des anomalies morphologiques chez le fœtus rendant l’accouchement difficile. Dans tous les cas, le suivi médical régulier reste le seul rempart pour préserver la vie de la mère et de l’enfant.


