Le Tchad s’affirme comme une terre d’exception, abritant des merveilles naturelles d’une rareté absolue. Entre ses massifs montagneux vertigineux, ses lacs émergeant du désert et ses galeries de peintures rupestres millénaires, le pays offre un spectacle permanent. Pourtant, une curiosité botanique singulière mérite que l’on s’y attarde : l’arbre à quinine.
Au cœur du massif de l’Ennedi, vaste territoire s’étendant sur l’Ennedi Est et Ouest et classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, la nature défie la logique. C’est ici que s’épanouit le Rauvolfia, plus connu sous le nom d’arbre à quinine.
Selon Mahamat Saleh Ibn Oumar, Directeur général de l’École Nationale d’Enseignement Artisanal et des Arts Appliqués (ENEAAP), cet arbuste est normalement l’hôte des forêts tropicales humides. Sa présence dans la Guelta de Bachiguélé (Ennedi Est), en pleine zone saharienne, constitue une spécificité rare et une véritable prouesse de l’écosystème local.

Si ces sites paradisiaques attirent des voyageurs du monde entier, leur pérennité est aujourd’hui menacée. Le constat est désolant : l’entretien et la protection de ces lieux ne semblent pas à la hauteur de leur prestige.
Lors de la dernière édition du Festival International des Cultures Sahariennes (FICSA) à Amdjarass, des touristes français en visite à la Guelta de Bachiguélé ont exprimé leur tristesse. Derrière la beauté de l’eau cristalline s’écoulant de la source, le décor est souillé par des déchets plastiques et des bouteilles abandonnées. Plus grave encore, l’intégrité physique du site est mise à mal par les véhicules de visiteurs qui pénètrent jusque dans les zones les plus sensibles de la flore.

Le risque est réel : sans une gestion rigoureuse de la part des autorités et une prise de conscience collective, ces sites exceptionnels pourraient être déclassés par l’UNESCO. La préservation de ce sanctuaire naturel exige des mesures concrètes : d’abord, la sécurisation des accès pour empêcher la dégradation par les véhicules ; ensuite, une sensibilisation accrue contre la pollution et la « profanation » des lieux ; enfin, la mobilisation des acteurs locaux, des ONG et des groupements communautaires pour assurer une veille écologique permanente.
Il est impératif d’agir pour que l’arbre à quinine et les paysages de l’Ennedi ne soient plus seulement des souvenirs de voyage, mais un héritage protégé pour les générations futures.


