Depuis une semaine, N’Djamena et plusieurs villes de l’intérieur vivent au rythme d’une rareté de gaz butane qui a bouleversé les habitudes domestiques. Les files interminables devant les points de vente encore fournis ont illustré l’ampleur du malaise, poussant nombre de familles à parcourir la ville, bouteille à la main, pour espérer un remplissage. Dans un pays où l’usage du bois et du charbon est prohibé, cette tension énergétique a largement nourri frustration et inquiétudes.
Au cœur du problème, un déséquilibre persistant entre la production nationale et les besoins du marché : la raffinerie de Djarmaya délivre en moyenne sept citernes de gaz par jour, pour une demande qui frôle les douze. Jusqu’ici, l’importation quotidienne autorisée par l’Autorité de régulation du secteur des hydrocarbures aval du Tchad permettait de combler ce fossé. Mais les secousses politiques au Cameroun sont venues enrayer cette mécanique bien huilée.
Les manifestations ayant suivi le scrutin présidentiel à Douala ont immobilisé pendant près de douze jours le corridor Douala–N’Djamena, colonne vertébrale du commerce tchadien. Gaz, denrées périssables, marchandises diverses… tout est resté bloqué aux portes du pays. « Le circuit logistique s’est figé. Il suffisait de quelques jours pour casser l’équilibre fragile de l’approvisionnement », confie un spécialiste du secteur.
Face aux critiques, la ministre du Pétrole, Mme Ndolenodji Alixe Naïmbaye, se veut aujourd’hui rassurante. Elle affirme que le trafic a repris et que les premières cargaisons sont déjà en route vers les centres de distribution. « Les livraisons ont recommencé depuis lundi. Nous prévoyons un retour complet à la normale d’ici demain soir », assure-t-elle, soulignant qu’aucune rupture durable n’est à craindre.
Concernant le mutisme initial des autorités, la ministre évoque la prudence : communiquer trop tôt, dit-elle, aurait pu déclencher précipitation, rétention des stocks et flambée spéculative. Une réaction en chaîne déjà observée lors de précédentes tensions sur le marché de l’énergie.
La perturbation n’a d’ailleurs pas été propre au Tchad ; plusieurs pays dépendant du port de Douala ont subi des contrecoups similaires. Une source au sein du régulateur rappelle que la production locale n’a jamais connu de défaillance, insistant sur la nécessité de renforcer la résilience logistique pour prévenir de telles crises.
Selon les services douaniers, plus d’une centaine de citernes et camions chargés de marchandises ont déjà repris la route vers N’Djamena. Leur arrivée progressive devrait apaiser les tensions observées ces derniers jours et rétablir, pas à pas, le souffle énergétique dont dépendent des milliers de foyers.


