Le gouvernement tchadien a mis un terme à quinze années de collaboration avec l’ONG sud-africaine African Parks Network (APN), invoquant une « gestion indélicate et irrespectueuse envers l’État ». Selon le magazine Jeune Afrique, cette décision marque non seulement la fin d’un long partenariat dans la conservation de la faune et de la flore, mais aussi une affirmation claire de la souveraineté du Tchad sur ses ressources naturelles.
Le ministre de l’Environnement, de la Pêche et du Développement durable, Hassan Bakhit Djamous, a dénoncé des pratiques jugées opaques dans la gestion des fonds touristiques et internationaux, un manque d’investissements dans les infrastructures, ainsi qu’une recrudescence du braconnage dans les zones protégées administrées par l’ONG. Pour N’Djamena, il ne s’agit pas d’un simple désaccord technique, mais d’un choix stratégique visant à reprendre la main sur la gouvernance environnementale nationale.
Toujours selon Jeune Afrique, cette rupture intervient dans un contexte où plusieurs pays africains cherchent à rééquilibrer leurs relations avec des acteurs internationaux parfois accusés de « néocolonialisme vert » – un modèle de conservation imposé au détriment des communautés locales et souvent contrôlé par des élites étrangères.
Un livre du journaliste néerlandais Olivier van Beemen, Au nom de la nature, cité par le magazine, critique d’ailleurs la gestion centralisée et militarisée d’African Parks, qui priverait les populations riveraines de leurs droits d’accès aux ressources naturelles.
Souhaitant rassurer ses partenaires techniques et financiers, le Tchad a annoncé des mesures de continuité. Tous les agents de l’État travaillant dans les aires protégées notamment dans le Grand Écosystème Fonctionnel de Zakouma, le parc de Siniaka Minia, la réserve de l’Aouk et celle de l’Ennedi restent en poste. Parallèlement, le gouvernement exige la rétrocession immédiate de tous les biens, équipements et matériels appartenant à l’État, actuellement utilisés par l’ONG.
À moyen terme, N’Djamena entend renforcer sa propre capacité de gestion avec la création d’une Agence nationale de gestion des aires protégées, appuyée par une unité de coordination provisoire. Objectif : préserver la richesse écologique du pays, valoriser ses espaces naturels et promouvoir un modèle de développement durable souverain, aligné sur les priorités nationales.
En mettant fin à un partenariat perçu comme déséquilibré, le Tchad réaffirme sa volonté de défendre son indépendance et de bâtir une politique environnementale au service de ses citoyens et de son territoire.



Cette décision, si elle est bien appliquée, représente une opportunité majeure de cohésion sociale et de développement durable au Tchad. Elle peut transformer les parks nationaux en espace de valeur sociale économique et écologique partagée, plutôt qu’en zone de tension et d’exclusion.