Le gouvernement congolais a opposé une fin de non-recevoir à l’appel de l’ancien président sud-africain, Thabo Mbeki, qui a convoqué du 3 au 6 septembre prochain, en Afrique du Sud, une conférence sur la paix en République démocratique du Congo. L’initiative, portée par la Fondation Thabo Mbeki, devait réunir opposition politique, société civile, églises et acteurs armés, mais Kinshasa y voit une tentative biaisée d’ingérence.
Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a clairement exprimé jeudi l’opposition des autorités congolaises à cette rencontre. Selon lui, la démarche est « inopportune » et portée par une personnalité soupçonnée de complaisance envers « les agresseurs qui endeuillent les Congolais ». Il a précisé que Vital Kamerhe, président de l’Assemblée nationale, et Eberand Kolongele, conseiller spécial du chef de l’État en matière de sécurité, bien qu’invités, n’effectueront pas le déplacement vers Pretoria.
D’après nos confrères de Jeune Afrique, la conférence de trois jours devrait aborder deux axes principaux : les défis de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) et la crise sécuritaire dans l’est de la RDC. Elle prévoit également des discussions entre Congolais autour des causes profondes du conflit, avec la participation de figures politiques et religieuses de premier plan, dont Monseigneur Donatien Nshole (CENCO) et Éric Nsenga (ECC).
La Fondation Mbeki a élargi ses invitations aux leaders de l’opposition – Joseph Kabila, Moïse Katumbi, Martin Fayulu, Seth Kikuni, Antipas Mbusa Nyamwisi – mais aussi à des représentants de groupes armés comme Thomas Lubanga pour la Convention pour la Révolution Populaire (CRP) active en Ituri.
À Kinshasa, les confessions religieuses, menées par la CENCO et l’ECC, ont parallèlement publié une feuille de route pour un dialogue inclusif en quatre étapes : un « mois de la paix » pour décrisper le climat politique, un dialogue d’experts pour bâtir un pacte social, un dialogue politique réunissant majorité, opposition armée et société civile, puis une conférence internationale sur la paix dans les Grands Lacs.
Selon Patrick Muyaya, ce processus interne, qui s’ajoute aux démarches de Washington et de Doha, constitue « la véritable voie congolaise pour la paix », rejetant toute initiative perçue comme exogène et partiale.
Yenga Fazili wâ BIREGEYA, Correspondant en Afrique de l’Est et Centrale


