La cérémonie du Prix Nobel de la paix s’est ouverte, ce mercredi 10 décembre 2025 à Oslo, sous un voile de perplexité. Au lieu de la lumière recherchée, c’est une ombre tenace qui a plané sur l’auditorium : celle de María Corina Machado, opposante emblématique au régime de Nicolás Maduro et lauréate du prix décerné le 10 octobre 2024.
Attendue pour recevoir l’hommage mondial, elle n’a finalement pas pu quitter le Venezuela. Une annonce de dernière minute, communiquée par l’Institut Nobel, a instantanément ravivé les inquiétudes de la communauté internationale. Kristian Berg Harpviken, directeur de l’Institut, l’admet sans détour : il ignore où se trouve précisément la lauréate.
« Je ne sais tout simplement pas où elle est », confie-t-il à la radio norvégienne NRK, comme pour souligner l’épaisseur du brouillard entourant la vie de l’opposante. Depuis plusieurs mois, chaque déplacement de María Corina Machado relève de la clandestinité, dans un pays où la répression s’est muée en doctrine d’État. C’est donc sa fille qui a dû monter sur scène pour recevoir la médaille et le diplôme, dans un silence chargé d’émotion.
Interdite de candidature à la présidentielle de juillet 2024, surveillée, poursuivie, contrainte de se cacher depuis août 2024, María Corina Machado vit au rythme des menaces et des rafles potentielles. Son absence à Oslo n’est en rien un refus, mais l’illustration d’un verrouillage implacable : quitter le territoire, même pour un Nobel, pourrait lui coûter la liberté.
Il y a un mois, le procureur général du Venezuela l’avait avertie : si elle sortait du pays pour recevoir son prix, elle serait considérée comme « fugitive ». Les accusations brandies à son encontre – « conspiration », « incitation à la haine », « terrorisme » – résonnent comme autant d’outils pour museler une voix devenue trop dérangeante.
Dans ce contexte, son absence prend une résonance encore plus forte. Le Prix Nobel de la paix, symbole d’audace et de résistance, devient presque un cri : celui d’une lutte menée dans l’ombre, sous pression, mais toujours vivante. Une distinction remise à Oslo, mais dont l’âme, elle, demeure confinée quelque part au Venezuela, là où une femme continue de défier la peur.


