Chaque année, à Ndjamena, une scène aussi prévisible qu’amusante se reproduit une fois le mois sacré de Ramadan achevé : les auberges et hôtels de la capitale sont littéralement pris d’assaut. Si pour certains, c’est l’occasion de souffler après un mois de privations, pour d’autres, c’est surtout un moment de “retrouvailles” plus intimes. Entre escapades amoureuses et pratiques jugées peu conformes aux valeurs prônées durant le jeûne, ce phénomène suscite autant de sourires que d’interrogations.
Durant le Ramadan, les restrictions ne concernent pas uniquement la nourriture et la boisson, mais aussi les plaisirs de la chair. Résultat : une accumulation de frustrations que certains semblent déterminés à évacuer dès que l’Aïd est annoncé. Le soir de la fête, tandis que les familles célèbrent en partageant un bon repas, d’autres préparent déjà leur grande escapade. Dès le lendemain, les auberges de Ndjamena connaissent un pic d’affluence spectaculaire, faisant le bonheur des gérants.
Si les commerçants de vêtements et les pâtisseries font de bonnes affaires à la fin du Ramadan, les aubergistes ne sont pas en reste. Certains établissements doublent voire triplent leurs tarifs en prévision de la forte demande. “C’est notre deuxième période de haute saison après les mariages !” confie un réceptionniste d’auberge en souriant. Une aubaine pour les hôteliers, mais aussi pour les conducteurs de mototaxis, qui deviennent des complices involontaires de ces escapades discrètes.
Cette ruée vers les auberges ne fait toutefois pas l’unanimité. Nombreux sont ceux qui y voient une contradiction avec les valeurs prônées durant l’islam. “Après un mois de prières et de purification, c’est quand même dommage de replonger aussi vite dans des pratiques douteuses”, déplore un fidèle. D’autres pointent du doigt les risques : relations clandestines, infidélités et parfois même des situations plus préoccupantes liées à la moralité publique.
Mais ce qui amuse (ou agace) le plus, c’est l’hypocrisie générale autour du phénomène. Ceux qui dénoncent ces pratiques sont souvent les mêmes qui, d’une manière ou d’une autre, en profitent. “Ici, tout le monde fait semblant d’être choqué, mais les auberges ne se vident jamais !” lance en riant un habitué des lieux. Un autre ajoute : “On critique, mais on construit de nouvelles auberges chaque année… Cherchez l’erreur !”
Si la prise d’assaut des auberges après le Ramadan est un phénomène qui prête à sourire, elle met aussi en lumière certaines contradictions sociales. Entre besoin de relâchement, réalités économiques et exigences religieuses, la société tchadienne oscille entre traditions et modernité, avec une bonne dose d’humour et parfois un brin de mauvaise foi. Une chose est sûre : l’année prochaine, le scénario se répétera… avec la même ferveur et les mêmes débats !