Assise derrière une bassine de carpes frétillantes à l’entrée du marché de Dembé, Mme Ronel, la trentaine, multiplie les appels du pied vers les passants. « Zaboune (client), viens voir ! Ce n’est pas cher. Donne 2 000 F CFA seulement, on peut discuter », lance-t-elle avec insistance.
Quelques mètres plus loin, une scène similaire se joue : quatre vendeuses entourent un motocycliste. L’une propose un lot à 3 000 F CFA, l’homme en propose 2 000. L’affaire est conclue en un clin d’œil. « La situation s’améliore enfin », glisse l’acheteur en rangeant son colis plastique. « Il y a un mois, cette quantité coûtait 5 000 F CFA. D’ici février, ce sera encore plus abordable. »
Depuis deux semaines, le poisson inonde littéralement la capitale. De Chagoua à Taradona, en passant par Dembé, l’offre est pléthorique. Sur les étals, les prix chutent de manière spectaculaire : le tas de carpes, autrefois cédé à 4 000 F CFA, s’arrache aujourd’hui à 1 500 F CFA, voire moins en fin de journée. Même le prestigieux « Capitaine », autrefois rare et onéreux, devient accessible à partir de 2 000 F CFA.
Pour les ménagères, c’est une bouffée d’oxygène. « Avec 1 500 F CFA, j’ai de quoi préparer une sauce pour toute la famille. À ce prix-là, la viande est devenue un luxe hors de portée », confie l’une d’elles.
Selon Zara, grossiste à Dembé, cette abondance s’explique par une pluviométrie exceptionnelle cette année. « Les zones de pêche comme le Lac, le Salamat, le Logone-Chari ou le Fitri regorgent de poissons car la reproduction a été excellente », explique-t-elle. Un constat partagé par Dogo, qui assure le transport entre Guité et N’Djaména : « Cette année, tout le monde pourra manger du poisson, même avec 250 ou 500 F CFA. »
Dans les restaurants et gargotes de la place, on se réjouit également, même si certains bémols subsistent. « Le poisson ne coûte pas cher, mais ce sont les condiments comme la tomate et la salade qui maintiennent le prix du plat élevé », nuance Denise, vendeuse de carpes braisées.
Aux abords des grands axes, de Gassi à Walia en passant par Farcha, c’est au tour de la sardine d’eau douce de faire son apparition. Pêchée dans le Chari et le Logone, elle envahit les bordures de routes. « C’est le début de la pleine saison. D’ici deux semaines, avec la baisse du niveau des eaux, il y en aura partout », prédit un jeune vendeur.
Pour les N’Djaménois, la période de soudure alimentaire semble, pour une fois, s’éloigner au rythme des filets qui remontent.


