Dans un appel bouleversant, la Société des journalistes de l’AFP (SDJ) tire la sonnette d’alarme : sans aide urgente, les derniers reporters de l’Agence France-Presse encore présents dans la bande de Gaza risquent de mourir dans les jours à venir. Depuis l’interdiction faite à la presse internationale d’accéder au territoire il y a près de deux ans, ces journalistes locaux sont les seuls à documenter le quotidien de la population civile sous les bombes et dans une détresse absolue.
Privés de ressources, de sécurité, et désormais d’énergie vitale, ces collaborateurs un pigiste texte, trois photographes et six vidéastes endurent le même sort que la population gazaouie : bombardements constants, famine, maladies et déplacement forcé.
Parmi eux, Bashar, 30 ans, collaborateur de l’AFP depuis 2010, incarne cette détresse. Il vit dans les ruines de sa maison à Gaza City avec sa mère, après avoir tout perdu. Sur Facebook, il écrivait le 19 juillet :
« Je n’ai plus la force de travailler pour les médias. Mon corps est maigre et je ne peux plus travailler. » a-t-il lancé.
Depuis plus d’un an, Bashar continue tant bien que mal à documenter les atrocités, malgré une santé déclinante due à une hygiène précaire et des maladies intestinales. Il a récemment perdu un frère, mort de faim selon ses propos. Les salaires mensuels versés par l’AFP, bien qu’honorés, sont inexploitables en raison de la disparition du système bancaire et de la commission prohibitive (40%) sur les virements.
Dans le sud de la bande de Gaza, Ahlam tente de résister. Reporter pour l’AFP, elle continue de témoigner, même si chaque sortie pour couvrir un événement est une mise en danger de mort.
« À chaque fois que je quitte la tente, je ne sais pas si je reviendrai vivante. »
Elle insiste : la nourriture et l’eau manquent cruellement.
Les appels à l’aide de ces journalistes se font de plus en plus pressants. Affaiblis physiquement, psychologiquement épuisés, certains ne peuvent plus parcourir l’enclave. Leur courage reste intact, mais leurs forces les abandonnent. La SDJ rapporte que les messages qu’ils envoient sont de plus en plus courts, souvent désespérés :
« Pour la première fois, je me sens vaincu », a écrit Bashar.
« Je souhaiterais que M. Macron puisse m’aider à sortir de cet enfer. »
L’agence, bien qu’historique témoin des conflits les plus sanglants, se retrouve aujourd’hui dans une impasse. Elle n’a pas les moyens logistiques de ravitailler ou de secourir ses journalistes piégés. Les déplacements se font à pied ou en charrette, faute de carburant, et tout déplacement en véhicule est une cible potentielle.
Le Conseil d’administration sortant de la SDJ lance un appel solennel : il faut une intervention immédiate pour sauver ces journalistes, qui risquent chaque jour leur vie pour que le monde sache.
« Résister n’est pas un choix : c’est une nécessité », affirme Ahlam, encore debout malgré la fatigue et la peur.
Depuis sa création en 1944, l’AFP n’avait jamais vu un de ses collaborateurs mourir de faim en mission. Aujourd’hui, sans intervention, ce risque est réel. La SDJ en appelle à la communauté internationale, aux autorités françaises et aux défenseurs de la liberté de la presse : ne les laissez pas mourir.


