Depuis la deuxième semaine d’octobre, les hôpitaux burundais naviguent à vue, confrontés à une rupture totale de rouleaux de gaz et de compresses, indispensables pour soigner les plaies et réaliser les interventions chirurgicales. La Centrale d’Achat des Médicaments Essentiels du Burundi (CAMEBU) affiche des étagères vides et les livraisons aux hôpitaux publics et privés sont suspendues depuis plusieurs semaines.
Face à ce vide inquiétant, certains établissements n’ont d’autre choix que de se fournir sur le marché noir, où les prix flambent. « Nous achetons un rouleau de gaz entre 150 000 FBu et 200 000 FBu, alors qu’il coûte moins de 50 000 FBu chez les grossistes », confie un responsable sanitaire de la province de Buhumuza.
Les patients, eux, en paient le prix fort. Dans les maternités, les césariennes sont parfois retardées, les vaccinations suspendues, et les familles contraintes d’acheter elles-mêmes le matériel médical. Une mère de Butanyerera témoigne, désabusée : « On m’a obligée d’aller chercher du pansement dans les pharmacies pour que mon enfant soit soigné. »
Les causes de cette crise sont multiples : retards d’importation, rareté des devises et lenteurs administratives dans les achats publics. Selon des experts, cette fragilité du système d’approvisionnement pourrait provoquer une hausse des infections post-opératoires et une dégradation générale des soins.
Les professionnels de santé appellent le ministère de la Santé publique et de la Lutte contre le Sida à intervenir rapidement pour éviter que la situation ne devienne un véritable risque sanitaire national. « Sans compresses ni gaz, même les gestes médicaux les plus simples deviennent risqués », alerte un médecin de Bujumbura.


