Sur les rives du lac Tanganyika, à Rumonge, de nombreuses femmes vivent du commerce du poisson. Entre la vente au détail et la gestion de petits restaurants, elles assurent la subsistance de leurs familles. Pourtant, leur activité est souvent mal perçue par leurs époux, qui les soupçonnent d’infidélité.
Chaque jour, sur les ports de pêche, une foule se presse autour des bateaux revenant du large. Les femmes, panier en main, s’empressent d’acheter du poisson frais qu’elles revendront sur le marché ou qu’elles cuisineront dans leurs modestes restaurants. « Beaucoup de femmes exercent ce métier contre la volonté de leurs maris, qui les accusent à tort », déplore Divine Nishimwe, commerçante à Rumonge.
Malgré les réticences, ces femmes persistent. « Ce commerce me permet de nourrir mes enfants et de payer leurs frais de scolarité », témoigne une vendeuse. Loin des préjugés, elles revendiquent leur droit à l’autonomie financière.
Des revenus qui transforment des vies
Pour beaucoup, la vente de poisson a changé le quotidien. Thérèse Nkezimana, commerçante depuis quinze ans, raconte : « Avant, mon foyer était en crise financière. Aujourd’hui, je nourris, vêtis et scolarise mes treize enfants ». D’autres, comme cette restauratrice, ont réussi à acheter une parcelle et à construire une maison grâce à leurs revenus.
Les femmes ne se contentent pas de faire vivre leur famille. Elles soutiennent aussi leurs maris en cas de difficultés. « Quand mon époux traverse une mauvaise passe, je prends en charge certaines dépenses », confie une entrepreneure. Une dynamique qui bénéficie aussi à l’économie locale.
Des défis persistants
Si le commerce du poisson offre des opportunités, il présente aussi des obstacles. L’accès aux emplacements de vente est coûteux, et les périodes de faible affluence impactent les revenus. « Parfois, les clients sont rares et la nourriture se perd », explique une restauratrice.
La sécurité est un autre enjeu. « Il y a beaucoup de voleurs sur ce port. Nous devons rester vigilantes », témoigne Mariam Keza, commerçante et propriétaire d’un bateau de pêche. Elle plaide pour un renforcement des mesures de sécurité.
Un appel au changement
Malgré ces difficultés, les femmes de Rumonge restent déterminées. Elles encouragent leurs pairs à embrasser ces activités lucratives et appellent à un changement de mentalité. « Il faut travailler et ne pas dépendre entièrement des hommes », insiste Mariam Keza.
Face aux tensions conjugales, l’évolution des mentalités s’avère nécessaire. Les autorités locales, conscientes des enjeux, encouragent ces commerçantes à opérer en toute légalité et promettent de renforcer la sécurité des marchés. Pour ces femmes, le combat continue, mais leur résilience force l’admiration.
Yenga Fazili wã BIREGEYA, Correspondant en Afrique de l’Est et Centrale