Dans la province de Burunga, au sud du Burundi, les hôpitaux et centres de santé étouffent sous le poids des promesses non tenues. La gratuité des soins pour les femmes enceintes et les enfants de moins de cinq ans, jadis présentée comme une avancée sociale majeure, se délite dans un silence budgétaire : comptes à sec, médicaments introuvables, matériel d’accouchement disparu, personnel impayé.
Les slogans officiels demeurent affichés sur les murs des structures sanitaires, mais derrière ces fresques d’espérance, le quotidien vire au désastre. Depuis décembre 2024, plus aucun remboursement n’a été versé par le gouvernement. Résultat : les centres tournent à vide. « Nous travaillons à mains nues, parfois avec des moyens improvisés. C’est dangereux pour tout le monde », souffle une infirmière, lasse et impuissante.
Le manque de matériel a transformé les salles d’accouchement en zones de risque. Les salaires des contractuels accusent plusieurs mois de retard, poussant certains à l’abandon. Pour les malades, la gratuité promise n’est plus qu’un mot : il faut désormais payer chaque comprimé dans les pharmacies privées, à des prix inaccessibles. « On nous dit que c’est gratuit, mais ici, sans argent, on ne te soigne pas », confie une mère rencontrée à la maternité du chef-lieu.
À Burunga, plus de savon pour l’hygiène, plus de carburant pour les ambulances, plus de gants pour protéger les soignants. La santé publique chancelle. Et le drame de cette province, loin d’être isolé, résonne comme un miroir du pays entier : retards, pénuries, abandon.
Le modèle de gratuité, autrefois symbole d’équité, s’écroule sous le poids des dettes et du manque de suivi. Sans une relance urgente, Burunga pourrait bien devenir le visage tragique d’un système médical à bout de souffle – celui d’un pays où la gratuité des soins, faute d’oxygène, meurt lentement dans les couloirs des hôpitaux.


