Depuis cinq jours, les habitants de la commune de Cibitoke, dans la province de Bujumbura à l’ouest du Burundi, vivent au rythme sourd des explosions venues de la République démocratique du Congo (RDC). De l’autre côté de la rivière Rusizi, ligne d’eau devenue ligne de feu, les affrontements en cours ravivent les craintes d’un débordement du conflit sur le territoire burundais.
La peur a pris corps depuis le vendredi matin, peu après 10 heures, lorsqu’un enfant de 12 ans a été blessé à Rugombo par des éclats d’obus. Selon plusieurs témoignages, le projectile serait tombé dans un champ près de la rivière Nyakagunda, non loin de l’église Méthodiste Libre et du cimetière allemand. Des fragments ont atteint des habitations avoisinantes, blessant le garçon et semant la panique dans le quartier.
Face aux localités congolaises de Katogota, Lubarika, Luvungi et Kamanyola, elles aussi durement éprouvées par les tirs ayant coûté la vie à plusieurs civils ces derniers jours, la population burundaise vit désormais sous tension permanente. À Rugombo, commerces, banques, marché et École fondamentale moderne ont fermé leurs portes, les élèves étant renvoyés chez eux par mesure de précaution. Un autre obus serait par ailleurs tombé à proximité d’un poste militaire chargé de la surveillance de la frontière, sans faire de dégâts.
Pour contenir la situation, un important dispositif sécuritaire a été déployé. Armée, police et membres des Imbonerakure – la ligue des jeunes du CNDD-FDD, parti au pouvoir – patrouillent la zone afin d’éloigner les curieux et de contrôler les mouvements près de la frontière. Les autorités locales affirment que la situation est « sous contrôle », tout en appelant la population à la vigilance et à signaler tout comportement suspect.
Ces incidents interviennent dans un contexte régional particulièrement sensible. Le jeudi, la RDC et le Rwanda ont signé à Washington un accord sous médiation américaine, censé contribuer à la désescalade. Sur le terrain, toutefois, la réalité demeure plus âpre : le M23, rébellion tutsi relancée en 2021, continue d’affronter les Forces armées de la RDC (FARDC), appuyées par plus de 10 000 soldats burundais et des milices locales Wazalendo. À Cibitoke, la guerre n’est pas déclarée, mais elle s’entend déjà.


