Le Tchad fait face à une double menace sanitaire qui ne peut plus être reléguée au second plan. Le paludisme, maladie endémique qui continue de faire des victimes, et la dengue, dont la progression suscite de vives inquiétudes, mettent à rude épreuve les populations et le système de santé. De N’Djamena aux provinces, l’urgence est réelle et appelle une réponse à la hauteur des enjeux.
Derrière les consultations médicales, les hospitalisations et les familles éprouvées, se dessine une réalité préoccupante : les maladies transmises par les moustiques continuent de menacer la santé des Tchadiens. Dans les villes comme dans les zones rurales, les eaux stagnantes, les déchets abandonnés, les caniveaux obstrués et les insuffisances d’assainissement créent des conditions favorables à la prolifération des moustiques.
Cette situation soulève une question fondamentale : où est la véritable politique nationale de prévention ? Peut-on continuer à multiplier les campagnes de sensibilisation sans s’attaquer durablement aux causes environnementales de ces maladies ? Pourquoi les interventions semblent-elles souvent s’intensifier lorsque les cas se multiplient, au lieu de s’inscrire dans une stratégie permanente ?
La responsabilité des pouvoirs publics est directement engagée. Le ministère de la Santé, les collectivités territoriales et les autorités administratives doivent faire de la lutte contre le paludisme et la dengue une priorité nationale. Cela passe par le renforcement des structures sanitaires, l’amélioration de l’accès aux tests de diagnostic, la disponibilité des médicaments et des moyens de prévention, mais aussi par des opérations régulières d’assainissement.
Il ne suffit pas de lancer des campagnes de pulvérisation ou de distribuer des moustiquaires imprégnées. Il faut également investir dans la collecte des déchets, le drainage des eaux stagnantes, l’entretien des caniveaux et la sensibilisation de proximité. La prévention doit atteindre aussi bien les quartiers périphériques de N’Djamena que les localités les plus éloignées des centres urbains.
Les autorités sanitaires doivent, par ailleurs, renforcer la surveillance épidémiologique afin de détecter rapidement les foyers de contamination et d’organiser une riposte efficace. Le paludisme et la dengue peuvent présenter des symptômes similaires, mais nécessitent des diagnostics et des prises en charge adaptés. L’automédication ne doit donc pas se substituer à une consultation médicale.
Certes, les citoyens ont également leur part de responsabilité. Chaque ménage doit contribuer à éliminer les eaux stagnantes, couvrir les récipients contenant de l’eau et adopter les gestes de prévention recommandés. Mais cette responsabilité individuelle ne saurait masquer les obligations des pouvoirs publics en matière d’assainissement et de protection sanitaire.
Il est surtout injuste que les populations les plus vulnérables, notamment les enfants, les femmes enceintes et les ménages modestes, supportent le poids le plus lourd de ces crises. L’accès aux soins ne doit pas dépendre du lieu de résidence ou des capacités financières des familles.
Le Tchad a besoin d’une réponse nationale, coordonnée et durable. Une réponse qui ne s’arrête pas aux discours, aux annonces et aux opérations ponctuelles. Une réponse fondée sur l’anticipation, les moyens, la transparence et la responsabilité.
Jusqu’à quand faudra-t-il attendre pour que la prévention devienne une priorité permanente ? Jusqu’à quand les familles devront-elles craindre les conséquences de maladies qui peuvent être combattues grâce à des mesures appropriées ?
Le paludisme et la dengue ne doivent pas être considérés comme une fatalité. La santé publique exige de l’anticipation, de la volonté et des actions concrètes.
Le Tchad ne peut pas se résigner à compter ses malades et ses morts. Il est temps de passer de la réaction à la prévention, des promesses aux actes. Car la santé des Tchadiens n’est pas négociable.


