Longtemps cantonné au féminin, l’éclaircissement de la peau s’immisce désormais dans le quotidien de nombreux hommes tchadiens. Dans les ruelles de la capitale, la quête d’un teint plus clair est devenue pour certains un rempart contre les moqueries, un passeport d’assurance ou une stratégie de séduction.
Mais derrière cette transformation cosmétique, orchestrée sous la pression du regard social, se cachent une détresse silencieuse et un péril sanitaire majeur.Sur le terrain, la réalité est saisissante. Rencontré au détour d’un reportage par notre journaliste Bertrand Békissiel, un citoyen s’exprimant sous couvert d’anonymat brise le tabou avec une franchise troublante : « Les gens se moquaient de moi à cause de mon teint noir. J’ai décidé de me dépigmenter pour attirer les filles. » Ces quelques mots traduisent à eux seuls le poids des stéréotypes qui pèsent sur les épaules de jeunes hommes poussés à rejeter leur propre carnation pour répondre à des critères de beauté perçus comme plus valorisants.Pourtant, ce désir d’acceptation se paie au prix fort. L’usage prolongé de crèmes et de mélanges dépourvus de contrôle médical constitue une véritable agression pour le corps. La présence récurrente de substances toxiques, telles que les corticoïdes surpuissants ou le mercure un métal lourd dévastateur , expose ces hommes à de graves séquelles : brûlures, amincissement irréversible de la peau, dérèglements pigmentaires et complications organiques profondes.Cette réalité soulevée par notre reporter dépasse la simple coquetterie masculine , elle interpelle toute la société tchadienne sur l’estime de soi et la déconstruction des diktats esthétiques.
Alors que les préjugés continuent de complexer des individus jusqu’à mettre leur vie en danger, il devient vital de conjuguer prévention médicale et prise de conscience collective. Car aucune quête de séduction ne devrait exiger la destruction de sa santé.


