Le Président de la République, Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno, a signé ce 14 août 2026 le décret N°2152/PR/2026 accordant une grâce présidentielle au Dr Succès Masra ainsi qu’à 8 autres figures publiques. Cette mesure exceptionnelle met fin à la détention de l’ancien chef du gouvernement, condamné un an plus tôt à 20 ans de prison ferme, et marque un acte marquant dans l’échiquier politique tchadien.
Président du parti Les Transformateurs, Dr Succès Masra s’est imposé au fil des années comme l’un des principaux visages du paysage politique national. Après avoir occupé le poste de Premier ministre durant la transition, il s’était présenté comme le principal rival de Mahamat Idriss Déby Itno lors de l’élection présidentielle de mai 2024. Son poids politique et son ancrage auprès d’une partie de la jeunesse font de lui un acteur incontournable dont le parcours judiciaire a suscité une vive attention nationale et internationale.
L’affaire remonte au 16 mai 2025, date de l’arrestation du Dr Succès Masra à la suite de violences intercommunautaires meurtrières survenues à Mandakao, dans le sud du Tchad, ayant fait 42 morts. La justice lui reprochait l’incitation à la haine, la provocation à la révolte ainsi que la constitution et la complicité de bandes armées, en se fondant sur des déclarations et un enregistrement sonore remontant à 2023. Bien que ses avocats et plusieurs organisations non gouvernementales aient dénoncé une instrumentalisation politique et un dossier dépourvu de preuves matérielles, le tribunal l’avait condamné en août 2025 à une lourde peine de réclusion.
Un an après ce jugement, le décret N°2152/PR/2026 vient annuler les peines privatives de liberté prononcées contre 9 personnalités reconnues coupables d’infractions de droit commun. Outre le Dr Succès Masra, la mesure s’applique à Avocksouma Djona Atchenemou, Neatobey Bidi Valentin, Ahmed Bokori Nima, Badono Daigou, Nassour Brahim Koursami, Max Kemkoye Magruergues, Keleou Bomaye Laoubaye Daniel et Mahamat Djara Diguei.
Sur le plan juridique, la présidence de la République précise que cette grâce n’altère pas les procédures civiles. Le décret rappelle que la mesure ne préjudicie pas aux droits des tiers et ne porte pas atteinte au recouvrement des frais de justice par le Trésor public. Les parties civiles conservent ainsi l’ensemble de leurs voies de recours et d’exécution pour réclamer réparation, garantissant un équilibre entre la décision politique de clémence et le droit des victimes.


